[Le Maghreb des livres au Palais de la Porte dorée]

Le salon du livre dédié à la littérature maghrébine s’est tenu à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, les 6 et 7 février.

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Au Soleil des Oudaïas (GH Editeur / roman / 160 p / 01 2010 / première édition revue)

est en vente. En cliquant

ICI, vous accédez à la librairie

Une seconde édition sera disponile autour du 11 février (nouveau format plus aéré, édition revue et augmentée).

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4e de couverture de Au Soleil des Oudaïas

« Ce matin, il fait soleil sur ma petite terrasse des Oudaïas. Ici, je suis bien avec le temps. C’est un temps exotique, un temps d’avant l’affolement, infini en quelque sorte.

Chaque après-midi, le thé. C’est le rythme. »

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Le narrateur, fuyant l’ennui parisien et le rythme des radios qui organisent la pensée quotidienne, retourne à Rabat après de longues années d’absence. Assis sur sa terrasse de la Kasbah des Oudaïas, Pablo met en jeu le pouvoir de l’écriture sur le temps. La permanence du soleil et le lien que construit la mer, les départs qui encadrent le récit, les souvenirs évoqués offrent une lecture intemporelle de l’étranger. Les personnages, peu nombreux, semblent alors réunis par une attente commune. Construit autour de carnets, ce roman est un voyage à contre-courant de l’exotisme.

Didier Guenardeau a écrit Au Soleil des Oudaïas entre Paris et Rabat. Par une écriture sensuelle et rythmée, il offre en arrière plan une vision poétique de cette ville. Mais c’est avant tout un essai sur le désir, une lettre d’amour que seule une nuit pouvait produire.

EXTRAITS SUR LE BLOG

07 02 2010

Au Soleil des Oudaïas – seconde édition

La seconde édition revue et corrigée sera disponible dans le courant de la semaine prochaine.

Le format est agrandi (11X20), et la présentation, plus aérée. Le texte sera imprimé en Garamond.

La couverture est légèrement améliorée et modifiée.

Cette seconde édition s’accompagne d’une nouvelle 4e de couverture. L’épigraphe est changé pour une citation de Fernando Pessoa (Le Livre de l’intranquillité), remplaçant celle de Francis Ponge (L’Orange). L’accent est ainsi porté, plus que sur la création littéraire elle-même, vers l’immobilité et le rêve, soulignant  ainsi mieux ce que le narrateur, Pablo, est étranger aux réalités qui l’entourent comme à ses propres rêves. Par-delà cette figure de l’étranger, l’épigraphe invite le lecteur à interroger ce qu’il en est de l’exil intérieur, de l’oubli de l’exotisme comme de ses excès. L’histoire est placée dans le cadre historique de ce que furent et demeurent les relations franco-marocaines.

Mais ce sentiment d’être étranger est aussi celui de l’amour conçu comme une impossible relation. Dans ces deux perspectivres – celle de l’exil intérieur, celle de la relation d’amour – l’écriture supporte les conséquences de cette irréalité et de cet attachement aux relations humaines.

EXTRAIT

« 

Assieds-toi. Près de toi, je pose une première orange. Toi aussi tu poses une orange. Nous poserons chacun une orange par jour, ce sera notre rythme. Et quand nous aurons échangé mille oranges, nous quitterons cette terrasse, celle sur laquelle les écrivains travaillent parfois avec l’espoir incertain de réunir. Viens Adrienne, parce qu’une nuit ne pourrait suffire, le ciel compte plus de mille étoiles lointaines, alors qu’entre nos mains, mille oranges qui passent, c’est le temps qu’il faut pour sentir un cadeau.

« 

Au Soleil des Oudaïas

GH Editeur / roman / 02 2010 / 168 p. / 2e édition

RESULTAT des lecteurs

Merci pour vos visites et vos lectures très nombreuses. Depuis août 2009 vous avez été 10000 lecteurs de ce blog. Voici le résultat comme prévu :

LE DIX MILLIEME LECTEUR est un lecteur de MEKNES : adresse IP : 196.12.236.115, connecté à 23H50 heure du Maroc – connection : dynamic.rabat2-115-236-12-196.wanamaroc.com, sous Internet Explorer 6 et Windows XP).

Pour recevoir un exemplaire dédicacé de Au Soleil des Oudaïas, connectez-vous avec ce même poste et laissez un message en haut de cet article, ou adressez un COURRIEL sans tarder (didierguenardeau@orange.fr).  Offre valable jusqu’au mardi 09 02 2010.

la première édition du roman est encore ICI

Pour la seconde édition de Au Soleil des Oudaïas…

Parce que rien ne bouge ici dans ma petite banlieue près de Paris, je continue d’écrire. Parce que je n’ai pas fini ce que je voulais dire. Parce qu’il est impossible d’écrire ce qu’un personnage a seulement commencé à être – dans ce roman, Pablo. Mais  » pour autant que je rêve, je reste toujours là où je suis « , écrivait Fernando Pessoa.

Il écrivait ceci :  » Je vois nettement – avec cette même clarté dont notre raison illumine par éclairs, dans l’obscurité de notre vie, les objets proches qui la constituent à nos yeux – ce qu’il y a de vil, de mou, de veule et de factice dans cette rue des Douradores [...]

 » Mais je vois bien aussi que, fuir tout cela, ce serait ou le maîtriser, ou le rejeter : or je ne le maîtrise pas, car je ne le dépasse pas dans la vie réelle, et je ne le rejette pas davantage puisque, pour autant que je rêve, je reste toujours là où je suis. [...] « 

Fernando Pessoa

Livro do desassossego

por Bernardo Soares

traduction de Françoise Laye

Christian Bourgois Editeur

Au Soleil des Oudaïas paraît cette semaine dans sa seconde édition (168 p. / 11X20 / février 2010)

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Version PDF , pour le confort et la paresse :

Les Cent de Babel


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Un sang de Babel

Deux années ont passé. Je reprends ma Babel des Cent. Cent livres qui m’ont poussé à écrire. En écho, l’enquête réalisée en 2004 pour le magazine Lire Lire 100 livres (vous la retrouverez dans le menu « Derniers articles »), mais surtout la revue lunotée de ma lectrice, Hélène Monnier, qui a grassé les titres en fonction de ses lectures réelles ou de ses souvenirs apeuprètistes. Pour voir ses lunotations de l’enquête sur son magnifique blog d’écritures du quotidien : http://www.animaregard.com/blog/?p=1247 (ou cherchez dans son blog son article du 8 octobre 2009 à 9:56, titre : Lire).

Cent livres donc, ou plutôt cent items ou auteurs. Ceux dont je ne peux me passer, avec lesquels j’écris, ceux qui m’ont ouvert à l’écriture. Quelques uns que je déteste, les frontières se marquent ainsi et illuminent les choix. On reste dans ce qu’il est mal convenu, et plus du tout convenu en fait, d’appeler « roman », théâtre ou poésie. Rien des étages d’érudition de ma bibliothèque, peu des textes dits classiques, à bas tout cela : ici, la chair des choix, la vraie, celle qui appelle l’ogre. La chair sauvage des découvertes, non la transmission littéraire. Du moins ce que j’ai découvert un jour, sans qu’on me le souffle, au hasard, en levant la tête un jour de pluie, avec l’eau qui ruisselle sur le manteau, souvent devant une vitrine de librairie, dans une bibliothèque publique, au bord d’une étagère chez quelqu’un. Des fondations.

Le tout suit son rythme. Car des souvenirs, il en est de forts mais il en va comme de ma mémoire : un tissu inconscient dont j’écris, plein de trous. Mon étagère de Babel est un trou entre deux livres non mentionnés ici.

Ainsi va ma bibliothèque depuis vingt-deux ans. Si du moins j’arrête le temps au point qui a inauguré le seul roman que j’ai vraiment voulu écrire :  © Au Soleil des Oudaïas.  Ce point fut la rencontre d’Adrienne Fréjacques.

Concernant la liste, elle n’a aucun ordre qui dise une préférence : je conserve certains des livres mentionnés par Lire et lunotés par Hélène Monnier, j’ajoute les miens au gré des coups d’oeil partiels vers ma bien sobre bibliothèque. (Voyez celle d’Alberto Manguel, dont la lectrice est aujourd’hui son bouvier Bernois, la bienheureuse Lucie : http://www.actes-sud.fr/paris-premiere.php)

La liste est commentée. Il se peut que vous preniez plaisir à être comparatistes, des résultats d’un vote et des conservés à titres divers à cet étage de Babel. Il se peut que vous soyez ulcérés : ce serait adorable.

Ce qui compte finalement, ce n’est pas la vue parcellaire d’une étagère babélienne conçue par Borges – parcellaire : un peu de ce qui a été écrit, rien de l’advenir à l’écriture  – mais d’avoir établi un relevé du plaisir et de la soif, ou du dégoût, ou des mièvreries, en quelques livres dont je n’imagine pas que ma bibliothèque puisse être dépourvue. Car dans une bibliothèque, on aime et on hait. Ainsi on aime mieux.

Ma bibliothèque compte quelques milliers de romans, oeuvres dramaturgiques ou poétiques, plusieurs centaines de livres d’art, des BD, aussi des dictionnaires et des grammaires espagnoles.

Voici donc la liste de l’insatisfaction. Close, parvenu aux Cent, j’éprouve une douleur plus intense encore : ma mémoire s’est effacée – et je n’ai rien lu. Mais la chair n’est pas triste. Pas du tout.

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Les Cent de Babel

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1 Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Sur mon bureau d’écriture. Gigantesque, insurpassable. Je ne peux pas m’en passer.

2 Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez. Immense. Sur mon bureau d’écrivain.

3 Au-dessous du volcan, Malcolm Lowry. Gigantesque roman. Peut-on vivre sans l’avoir lu ? Ce sommet n’est pas dans la liste des 100 de Lire. Que des lecteurs ont-ils donc lu, je l’ignore. Comment peut-on même dire que l’on a lu, sans être entré dans cette écriture et dans ce monde ? Sur mon bureau d’écriture.

4 Montedidio, Erri de Luca. Sur mon bureau d’écriture. J’écris avec lui, et avec ce livre. Je ne peux pas m’en passer.

5 Les Indes Galandes, Roger Nimier. Sur mon bureau d’écriture. Il m’a appris à écrire.

6 Trois chevaux, Erri de Luca. Sur mon bureau d’écriture. Je ne peux pas m’en passer.

7 Le Contraire de un, Erri de Luca. Très bien, mais ce sont d’abord des écrits politiques.

8 Les Champs d’honneur, Jean Rouaud. Sur mon bureau d’écriture. Une simplicité tenue et une véritable puissance d’écriture. J’aurais aimé avoir écrit ce roman : avoir vécu cette écriture, avoir imaginé ce narrateur et cette histoire. Un cadeau de pluie, de grenier, de ma grand-mère, la beauté du XXe s. et des gens « simples ». Un nouveau Pagnol ?…

9 Requiem, Antonio Tabucchi : sur mon bureau d’écriture, sans cesse, dans l’édition réalisée par Christian Bourgois, qui n’a hélas pas de successeur digne de ses découvertes et personne ayant sa chaleur… Je conserve ses courriers reçus. J’écris avec Antonio Tabucchi, particulièrement avec ce livre que j’aurais aimé avoir écrit. Je ne peux pas m’en passer.

10 Michel Tournier. Le Roi des aulnes, Vendredi ou les Limbes du Pacifique… J’ai à peu près tout lu. Il m’a appris à écrire, surtout à entrer dans la lecture ; puis je m’en suis détourné. Nous nous sommes rencontrés. Je conserve une lettre magnifique de lui, au temps où je commençais à écrire : je n’avais pas aimé son Médianoche amoureux, il m’avait répondu qu’il n’avait jamais dit à Marguerite Yourcenar qu’il n’aimait de son œuvre que Les Mémoires d’Adrien (qui me reste à lire). Sur mon bureau d’écriture.

11 La gloire de mon père, Marcel Pagnol (ado, adoré, ça tient chaud : lu la tétralogie).

12 Fictions, Le Livre de sable, Le Rapport de Brodie …, Borges. Ces nouvelles ne sont pas surpassées…

13 Antonio Tabucchi (suite). C’est avec Christian Bourgois que j’ai découvert Antonio Tabucchi, le mois même de la publication de la première traduction qu’il a donnée : Nocturne indien, en avril 1987. En août, je rencontrais Adrienne Fréjacques, à l’origine de © Au Soleil des Oudaïas.

Tous sont sur mon bureau d’écriture :

Nocturne indien

Piazza d’Italia

Le Jeu de l’envers

Femme de Porto Pim et autres histoires

Petits malentendus sans importance (notamment « Iles »)

Le Fil de l’horizon

Le Petit navire

Une malle pleine de gens

L’Ange noir

La Nostalgie du possible … Lire la bibliographie de Antonio Tabucchi.

14 Bleu comme l’enfer, Philippe Djian et beaucoup de ses livres ; je n’écris pas du tout comme lui, et je suis bien dans ses ambiances. Dans Lent dehors, le narrateur construit un escalier menant de sa maison à la plage. J’aimerais vendre mes livres pour m’offrir une maison et avoir un escalier à construire pour descendre à la plage…

15 Le Parti pris des choses, Francis Ponge. Lu et relu, un bijou de poésie en prose.

16 Agatha Christie : plusieurs, ado, je ne me rappelle pas des titres lus. Ma fille Laodicée a lu la moitié de son oeuvre.

17 Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry. Pilote de guerre, Vol de nuit et ainsi de suite. Un ami qui écrit. Des nuits de lecture près de lui.

18 Les albums de Tintin, Hergé. Oui, tous lus et adorés. Mais la querelle demeure : est-ce bien de la littérature ? … Ce qui est un peu triste, c’est de découvrir adulte la vision culturelle du monde de Tintin … Et l’empire de la société Moulinsart, peu amène … L’innocence tombe. Ingrid Bergman a dit : « Le bonheur, c’est une bonne santé et une mauvaise mémoire ». Elle également dit : « Je n’aurais pas vécu ma vie ainsi si je m’étais souciée de ce que disent les gens »…

18 bis Les albums de Lucky Lucke. Tout.

18 ter Les albums d’ Astérix. Tout.

La BD n’est pas un genre mineur. Elle construit à partir des images et des récits tronqués, des films de l’esprit. Lu beaucoup de BD jusqu’à 30 ans.

19 Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell. J’ai peut-être bien vu le film, mais dire que je l’ai lu, non, ce serait faux. A voir quand j’aurai le temps de pleurer.

20 Madame Bovary, Flaubert. Trois contes. Lu et vu, contraint au début, pas si mal en fait. Le rythme ternaire de ses phrases, les clausules de nombreux paragraphes. Mais le XIXe s., je ne m’y éternise pas, je n’ai guère envie d’en parler. J’ai autre chose à lire, à écrire.

21 Ulysse, James Joyce. Dans mes débuts d’écrivain, je l’ai imité. C’est devenu insupportable, proprement.

22 Dictionnaires Le Robert, le Larousse illustré (plusieurs éditions, parcourant la fin du XIXe s. et le XXe s., à comparer), le Grand Larousse, Littré (un peu), Furetière (un peu), TLF, j’en passe… : le Petit et le Grand Robert de la langue française, le Robert historique de la langue française… Depuis que j’ai 10 ans, page après page j’ai lu les dictionnaires, mais on en saute des pages, on ne sait à peu près rien, donc. On entre par un mot, puis il en faut un autre, qu’on ne connaît pas tant que ça, ou pas du tout .. mais l’oeil s’égare … une ligne plus bas … la page suivante… une idée, tiens ! Et ça fait deux heures, trois heures, une demie nuit qu’on arpente le dictionnaire. Ils sont sur mon bureau.

Ce sont des romans, à la lettre : un dictionnaire est un roman de la langue ; et la langue, un roman à elle seule. J’ai failli écrire : la langue est un roman à soi seul. – Tu parles comme un roman, me disait mon père.

 » Tu es un ogre, me disait parfois Rachel. »  (Le Roi des Aulnes).

23 Mythologies, Roland Barthes. Sans commentaire. La langue est pure, et les idées.

24 Moderato cantabile, Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras. L’écriture elle-même. Et bien d’autres romans.

25 La Chasse au lézard, William Boyd. Relu des dizaines de fois. Il a inspiré certaines de mes nouvelles. Sur mon bureau. Lisez « Ma petite amie aux jeans étroits ».

26 Zazie, Le Dimanche de la vie, Un rude hiver, Journaux, Raymond Queneau. L’oeuvre romanesque entière. Je n’aime guère sa poésie ni son théâtre. C’est ma thèse, je n’ai plus d’opinion, j’ai vécu avec lui.

Il en manque ici, des journaux d’écrivain, à citer…

27 L’Etranger, Albert Camus. Lu à 16 ans exactement, cinq fois de suite dans l’année. Avec lui, et avec ce roman, je me suis dit que je deviendrai écrivain. Pourquoi, je ne le savais pas. Je ne le sais toujours pas. Je n’ai jamais eu envie d’écrire comme lui. Mais il était dans le ventre et au soleil et de l’autre côté de la Méditerranée, il m’a parlé de ce que j’avais vécu. J’ai vécu au Maroc. C’était un homme, un père, Camus : c’est moi. Je le connais pourtant plutôt mal, à la réflexion…

La Peste, Le Mythe de Sisyphe … Pour compléter la bibliographie de Camus, elle se trouve facilement, partout.

28 Dune, Frank Herbert. Vu le film, jamais lu, j’ai oublié l’histoire mais je crois que c’était fort.

29 Le Livre de l’intranquillité, Fernando Pessoa. Sur mon bureau. Je finirai probablement par écrire comme lui. C’est une relation silencieuse à deux d’écritures, extrêmement intérieure et dont je ne peux parler.

30 Après-midi d’un écrivain, Peter Handke. Très fortes lectures. La courte lettre pour un long adieu.

31 L’écume des jours, Boris Vian et autres oeuvres. Oui. Mais à réfléchir, je l’ai bien oublié. J’aime le jazzman. Il nous parlait bien, ados. Cracher sur les tombes…

32 Paroles, Jacques Prévert. Certainement. Le bruit de l’oeuf qu’on casse peut-il être oublié, d’avoir été écrit ?

33 L’alchimiste, Paulo Coelho. Ben… à vrai dire, j’ai commencé. C’est un de ces auteurs que j’aime bien mais qu’en vérité je n’ai pas tant lu que ça. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Vous non plus, c’est assez souvent ainsi, avec certains auteurs : une proximité, un plaisir, mais à les interroger, on se sent vite pris en défaut de preuve.

34 Fables, Jean de La Fontaine. D’ailleurs, a-t-on besoin de préciser l’auteur ? Lu, relu ; récitées. Elles coulent bien, n’est-ce pas ?

35 Le parfum, de Patrick Süskind. Il me reste à lire. Même remarque que pour Coelho.

36 Les Fleurs du mal, Baudelaire. Lu exactement après le Bac ; oui, impasse, je détestais les « classiques » imposés de l’école. Puis j’ai eu une vague amoureuse, et un vague à l’âme d’écriture et de fille, et en une nuit, d’un coup, hop, je l’ai lu. J’ai adoré. J’ai relu. J’ai un peu oublié, mais je relis parfois. En tout cas, ça reste.

37 Vipère au poing, d’Hervé Bazin. Rage d’ado. Mais j’ai oublié le livre.

38 Belle du seigneur, d’Albert Cohen. Les premières pages et d’autres. Ce sont mes yeux qui fatiguent, pour ce folio n° 3039, le plus épais de tous, 1110 pages. Mais il est là, je le lirai. Pour ce livre, j’ai honte de ne l’avoir pas encore lu. Quelqu’un veut-il venir me le lire ?

39 Le Salaire de la peur, Georges Arnaud. Lu et relu. D’une traite, en haleine.

40 Huis clos, Les Mouches, Jean-Paul Sartre. D’autres livres. Oui, j’en ai lu, pas mal. Jeune. Je l’ai entièrement oublié…

41 Candide, Zadig, Voltaire. Il faut bien trier. Les Contes et nouvelles. Ah, bon sang, on était copain avec Voltaire ! Il faudra y revenir. Pourquoi est-ce que je ne le lis plus ? … J’écris, je suis ailleurs. Je travaille. Voilà tout.

42 Les Lettres persanes, Montesquieu. Voir de loin et critiquer la Cour. Peut-on encore le faire aujourd’hui ?… Le faisons-nous ?

43 Les lettres de mon moulin, Alphonse Daudet. Evidemment ! Ma mère a dû me les lire. Du rêve.

44 Ivre du vin perdu, Mes amours décomposées, Douze poèmes pour Francesca, Gabriel Matzneff. J’ai été pris entièrement dans ces lectures. Il est trop peu connu. J’ai été amoureux de Francesca.

45 Le Désert des Tartares, Dino Buzzati.

46 Les Malheurs de Sophie, comtesse de Ségur. Ah, ce que ça peut être ennuyeux, l’éducation… Ai-je vraiment lu cela ?…

47 Le Tour du monde en 80 jours, Vingt mille lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre, Jules Verne. J’ai lu ça de nuit, ado, j’ai adoré. Mais l’histoire, pas l’écriture. Enfant, j’adorais les histoires. Enfant… Des découvertes de ce qu’était un roman, à cet âge. Ce n’est pas l’avis de mon ami Philippe Scheinhart… qui a fait sa thèse sur Verne.

48 Bérénice, Phèdre, Racine. Vous vous rappelez ? c’est une pièce de théâtre. J’ai lu ça à 14 ou 15 ans. C’est pour les ados, Racine ? Racine a écrit pour être lu au lycée ? Qui le lit encore, au-delà de l’école, des profs (contraints…), de quelques amoureux du passé ?… On ne peut pas le récrire, Racine ? Ah, la langue de Racine… La poésie. Elle sonne, c’est du rythme. Mais enfin, aujourd’hui, quand le lire ? Quel rapport avec notre environnement de pensée ? Combien de Racine Molière Corneille sur les tables de nuit, fin 2009 ?

49 La Condition humaine, d’André Malraux. Mon père m’en avait parlé.

50 Les Rougon-Macquart, Zola. Ils sont bêtes, les enquêteurs de l’enquête de 2004, et les lecteurs enquêtés : – Hep, le « titre »… c’est l’ensemble de l’oeuvre… Faudrait savoir si vous n’avez lu QUE Germinal ou si vous avez lu TOUS les romans des Rougon. Vous l’avez lu, Zola, vrai ? Vrai… ? Voir la liste de Lire. J’en ai quelques uns.

51 Jour de silence à Tanger, Tahar ben Jelloun. Connaissez-vous ce court roman ?

52 Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand. Oui, oui… on a lu. Ce que c’est c… à lire… Par contre, entendre Gérard Depardieu, alors là, oui !

53 Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë. Pas le temps de pleurer, et ainsi de suite pour les romans haut le coeur. C’est rien, c’est facile, c’est de la soupe.

54 Une histoire de la lecture, Alberto Manguel. C’est vraiment prenant… A tel point que ma Lectrice, Hélène Monnier – cherchant quel cadeau emporter de ma bibliothèque, que je voulais lui offrir par amour et pour la remercier de son travail permanent à mes côtés pendant l’écriture de Palabres exotiques, devenu Au Soleil des Oudaïas – me l’a pris, hop, dans son sac. Quatre ans plus tard, elle me le rapporte, c’était début septembre 2009… Est-ce que vous avez déjà vu cela, que l’on rapporte un cadeau offert ? Elle n’osait pas le garder ! J’ai avalé ma langue, et je lui ai dit : – Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Hélène ?!… Elle n’a rien répondu, car elle n’avait aucune idée. Elle est donc repartie avec. – Non mais. Je l’ai lu, et c’est un cadeau … Comme vous en aurez jugé, elle sait que mes livres, la nuit, me parlent. J’entends leur voix. – Mais ils peuvent très bien me parler de loin, Hélène. Il ne me manque pas, tu es avec lui et je vous entends.

55 Les Raisins de la colère, John Steinbeck. Tortillat flat, Rue de la Sardine, Des souris et des hommes, Les naufragés de l’autocar … et patin-couffin. Ah que c’était bon de lire Steinbeck toute la nuit. Pourquoi n’a-t-il pas écrit plus ? Il a oublié les jeunes dévorants. A relire.

56 La possibilité d’une île, Michel Houellebecq. C’est un roman immense. Les cinquante dernières pages exactement sont un sommet de l’art romanesque. Si j’avais plus de force et de culture, j’écrirais dans ce sens. Mais il écrit déjà, c’est fait. Les Particules élémentaires, Plateforme. Liste non close. – N’est pas sur mon bureau, car je me tiens à mon écriture, mais… je pourrais m’énerver et m’y mettre.

57 Lettres de Tanger à Allen Ginsberg, William S. Burroughs. Lu à Zurich, avec des notes prises dans un bar où j’étais assis en face d’une très belle femme. Tout y était fermé, raide et privé. L’ennui suisse.

58 Venus erotica, Les Petits oiseaux, Anaïs Nin. Un temps, on croit que ça ne se lit que d’une main (hommes et femmes). Puis on change rapidement d’avis, on reprend le livre à deux mains. Le monde des fantasmes est d’une puissance inégalée, celui de l’érotisme, et il faut avoir lu, beaucoup, avant de jouir et du plaisir et de la mort.

59 Les Sirènes, Arturo Loria.

60 Journées de lecture, Roger Nimier. Magnifique critique.

61 La Divine Comédie, Dante. J’ai (eu) le projet de la récrire. C’est déjà fait au théâtre.

62 Petite chronique des gens de la nuit dans un port de l’Atlantique Nord, Philippe S. Hadengue. Peintre, d’abord. J’ai dévoré ce livre.

63 Les Belles, Giuseppe Antonio Borgese.

64 Contes pervers, Régine Desforges.

65 Eloge de l’ombre, Junichiro Tanizaki. Traité magnifique d’esthétique japonaise, dont l’écriture est des plus sobres.

66 La Sauvage, Jean Anouilh. J’ai voulu la mettre en scène.

67 Le Cimetière marin, Paul Valéry. Une interrogation permanente sur la signification du poème. Un art exceptionnel du rythme et des visions. Relus combien de fois ?

68 Robinson Crusoé, Daniel Defoe.

69 Salut, Mallarmé. Six mois d’analyse pour comprendre ce poème unique.

70 La Vie devant soi, Romain Gary. Pour l’histoire du petit Momo.

71 Plein de vie, Demande à la poussière, John Fante. L’univers de Fante, qui donnait envie d’aller sentir les Etats-Unis.

72 Croc-Blanc, Jack London. Lu jeune. Une des lectures romanesques de mon père. Aucun souvenir.

73 Moon Palace, Paul Auster. Pour l’histoire.

74 L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera. Lu, et vu.

75 L’Oeuvre poétique, Léopold Sédar Senghor. Pour la musicalité et le rythme du vers, uniques.

76 Poésies, Rimbaud. Tout de même.

77 Chansons, Georges Brassens. Univers de culture.

78 Ballade des pendus, Villon. Je trouve cette ballade magnifique.

79 Thomas l’imposteur, Orphée, Les Enfants terribles, Les Parents terribles, La Machine infernale, Poésies, La Belle et la Bête, Cocteau. Par exemple. Un ami, parce qu’il écrivait près.
J’ajoute : j’ai vu Orfeu Negro : magnifique.

80 Gargantua, Rabelais. A condition de suivre mais il existe d’excellentes traductions. Patrimoine.

81 Oraisons funèbres, Bossuet. Il me faut les relire.

82 Lorelei, Genevoix. Emprunté à terme définitif sur une étagère, dans un stage de peinture. Dans la même semaine de lecture, j’ai aimé une femme, elle me connaît encore. Alors… dites-moi, pourquoi aime-t-on certains livres ?

83 Le Vieil Homme et la mer, Ernest Hemingway. Je crois l’avoir lu.

84 Le Vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda. Voir l’écho proposé au Voyage au bout de la nuit (sur ce blog).

85 L’Odyssée, Homère. Puisque j’ai mis la Bible (n° 100), il convenait de citer L’Odyssée.

86 Les Essais, Montaigne. L’idée des couches d’écriture me retient bien plus que je ne le crois. Invention exceptionnelle.

87 Les Métamorphoses, Ovide.

88 Anthologie de la poésie baroque française, établie par Jean Rousset. Je suis tellement loin de cette société de pensée et de son temps, que j’y suis bien. Mais est-ce bien vrai que j’en sois si éloigné ? Connaissez-vous la musique baroque ?

89 Les cavaliers, Joseph Kessel.

90 Don Quichotte, Nouvelles exemplaires, Cervantes.

91 Histoire d’O, Pauline Réage (… ?). Vous osez entrer dans ce fantasme ? Racontez-moi.

92 San Antonio. Enormément de livres. Je n’ai jamais eu autant mal au ventre qu’en le lisant, essentiellement avant 15 ans. Mort de rire. Et un grand écrivain, Frédéric Dard. J’ajoute ici Simenon.

93 Oeuvres poétiques de Federico Garcia Lorca, Juan Goytisolo (El Show : magnifique), Pablo Neruda … En espagnol, en français. Que c’est beau l’espagnol. Et la poésie espagnole. Et la sensibilité espagnole. Mi hija ultima se llama Paloma. Tiene un año. Podéis leer Cancion para Paloma (voir rubrique « L’essentiel ») sur ce blog.

94 La Case de l’oncle Tom, H. Beecher-Stowe.

95 Les Confessions, JJ Rousseau. Ce que l’on a écrit de pire, ou presque. Obligation de lecture. Rejet total de l’écriture comme de l’histoire Un des sommets possibles pour dégoûter un lecteur de poursuivre son « vice impuni, la lecture » (Valérie Larbaud). A vous dévicier sur-le-champ.

96 Antigone, Sophocle. Théâtre complet. A condition de se laisser entrer.

97 Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas : mon père a lu ça, il connaît surtout ça, comme beaucoup de lecteurs, le XIXe siècle. Je n’ai certainement pas lu. Ce n’est pas ma tasse de thé, je suis poli ; les Œuvres de l’antépénultième siècle… Ah, lire Chateaubriand et mourir…

98 La Vie mode d’emploi, Perec. Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.

99 Les Misérables, Notre-Dame de Paris … Victor Hugo. Le remplaçant de Dieu.

100 La Bible : lue au catéchisme, puis relectures partielles : un mythe important, fondateur, recueilli il y a environ vingt siècles mais dont les lectures n’ont pas souvent ouvert à la paix. Quant à Dieu, il serait utile de penser enfin à neuf le Temps et notre place au monde…

Que ce soit le livre le plus aimé des Français (enquête Lire), c’est inquiétant. Pour un peu, on pourrait craindre que la lecture s’en arrête là, que le Livre soit jugé insurpassable…

Etant laïc, j’aurais pu citer d’autres romans de religion… Mais je suis également athée. Quoi qu’il en soit, il est des fâcheries ou des haines que je n’ai pas envie d’éveiller. Ma limite s’établit avant ce point.

*

… Et Les Cent de Babel apparaissent pour ce qu’ils sont : une incompréhension, une clôture douloureuse, un trou vide entre deux manques de livres sans existence, un moment de langue, une frustration qui ne sera jamais comblée. Les Cent de Babel sont une image de l’oubli, un appel à d’autres nuits.

Il reste la possibilité d’écrire. Et c’est un leurre pire encore : tout manque, rien ne parvient à se dire que quelques phrases, quelques mots. Aujourd’hui, ce n’est plus une douleur d’écrire, c’est du sang. C’est raté d’avance mais c’est pour cela que je continue d’écrire : j’espère et j’ai besoin.

Didier Guenardeau


Critique
Montedidio de Erri de Luca

Erri de Luca, Montedidio

Dans ce court roman initiatique d’un adolescent de la Naples pauvre du quartier de Montedidio, le menuisier Mast’Errico est la figure du père social.  La menuiserie dans laquelle il travaille est son lieu d’homme. Le jeune adolescent, dans sa découverte de l’amour, vivant près de son père, rêve et éprouve la construction de sa pensée auprès de Rafaniello, figure biblique.

Le boumerang, offert par son père, que l’adolescent sent se tendre comme une arme chaque jour un peu plus, condense symboliquement l’étoile, l’apprentissage et le désir qu’il découvre auprès de Maria. Sa mère meurt. Il reliera symboliquement la trajectoire devenue parfaite de son arme, pacifique, à Dieu, dans un ultime lancer.

Montedidio se donne comme une récriture de Joseph. Dans ce roman exceptionnel par sa poésie, son écriture sous la forme d’un journal bref, roman bilingue qui unit le napolitain du ventre et l’italien de la fierté sociale, la chute aurait pu être mieux portée dans les dernières pages. C’est pourtant un chef-d’œuvre, ouvert et refermé comme un conte, malgré sa petite brindille. Cette étoffe imparfaite qui referme les yeux, tient la main créatrice dans toute la sexualité découverte et à jouir de l’adolescent, dont le sang s’épaissit des rites quotidiens.

Fév – Nov 2009
Didier Guenardeau

10 01 2010

Pour Samah Zitouni, Rabat

Si vous allez à Rabat… Prenez par l’entrée près du musée, en haut des remparts, face à la rue des Consuls. Passé le premier tournant, sur votre droite, vous trouverez une petite boutique. Elle est belle. C’est Samah Zitouni qui la tient. Ce qu’elle vend, ce sont des trésors de la médina.

Elle est mon amie. C’est Samah que salue Pablo lorsqu’elle passe sous sa petite terrasse, dans Au Soleil des Oudaïas.

Pour Samah Zitouni et son fils, Omar, à Rabat.

BONNE ANNEE 2010, SAMAH !

Didier Guenardeau


Voyage au bout de la nuit, LF Céline

A propos du chapitre sur l’Afrique

Céline ouvre dans ce chapitre une critique de la vision coloniale française dominante et construit un parcours initiatique (celui de Ferdinand Bardamu). Les descriptions, incidemment colorées, pourraient être mises en écho avec certains tableaux du Douanier Rousseau, ou évoquer (ultérieurement) la luxuriance longue, indéfinissable du roman de Luis Sépulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour. Dans ce cadre, la vision d’un paradis perdu et rendu exotique, les relations avec les indigènes, la critique d’une guerre exportée (la hiérarchie militaire coloniale) renvoient à une sexualité symbolique essentielle, primitive. Ce séjour en Afrique est un moment moite d’attente, suivant les champs de guerre et le front franco-allemand de la guerre de 14-18 (premier chapitre) et s’avère peut-être le plus symptomatique. En effet, les descriptions de la nuit tropicale s’auréolent de la matière humaine qu’elles viennent dire, et les couchers de soleil peuvent être lus comme ceux de l’humanité. L’inquiétude des nuits tropicales, de ses dangers et de ses cris sauvages s’oppose à la noirceur des nuits répétées sans espoir de la banlieue parisienne – et ces nuits chaudes et huileuses des forêts dans leur unique inespérance trouble, désirable comme une répugnance de mort, signe une vision « d’après l’amour » dans un bouge glauque. Tout ce qui se couche dans ce roman semble dire un abandon et se prépare à sa propre fin, éternellement reportée, dans l’endurance, malgré tout. On assiste ainsi à une dénonciation toujours trouble des âmes elles-mêmes troubles : en Europe, aux colonies… L’exotisme de ce passage sur l’Afrique peut se lire comme un exotisme à soi-même, et interroge avec violence l’initiation de l’homme jeune, Bardamu : une inespérance des vingt ans. L’ennui et les peurs vaincues retiennent alors la mise en abyme ultime des assassinats dont Bardamu a été témoin sur le front, et dont la sexualité putassière, vue et jamais voyeuse, toujours espérée, donne l’avant-goût d’une apologie de la mort pure.

Mais voilà que ça recommence ailleurs, sans cesse, voilà qu’on se met à mépriser les Antilles et la Martinique – ça ne cessera donc jamais.

15 02 2009

Didier Guenardeau

Commentaire reçu, magnifique : une des meilleures lectures des Cent de Babel

Eh bien, je viens de faire connaissance avec vous et votre liste ! J’ai un seul souci : j’ai l’impression que vous parlez comme quelqu’un qui ne lit plus avec ses yeux … ???? Je me trompe sans doute…
Erri de Luca reste mon prochain continent à explorer, je ne comprends pas comment on peut lire Zola que je déteste cordialement, et si d’autres intervenants parlent de liste « normale », pourquoi l’absence de Proust alors ? Il y a quelques auteurs que je ne connais pas, excellent prétexte donc, pour aller à la pêche ! Pour Flaubert, tâtez de sa correspondance, et Madame Bovary vous la reconnaîtrez… autour de vous ! Hélas !
Merci
Et à bientôt,

TANTE LEONIE

Réponse

Votre message est amusant. J’ignore tout à fait qui vous êtes, la signature ne m’éclaircit rien…
Pour Zola, relisez-moi bien ; vous aurez une idée plus précise de la place qu’il a pu prendre dans mon écriture. Je m’amuse avec vous, vous le méritez bien !

NOTE -
J’ai oublié de citer L’Etranger du port, de René Guillot, lu à 9 ans.
Fin de la note

Quant à Madame Bovary, nous nous croisons en effet fréquemment… Je viens de connaître la haine qu’inspire parfois l’écriture, le livre ou l’écrivain.
Il existe quelques professeurs de Lettres, lecteurs assidus de sites pédagogiques littéraires où l’on trouve tout sans ne rien faire… – professeurs peu nombreux, certes !, qui ne prennent pas même la peine de lire un texte jusqu’au bout, fût-il bref, et s’arrangent d’opinions convenues à l’avance. Haineuses, jalouses. Sans les interroger. Les idées reçues, écrivait  et les appelait Flaubert, bien entendu.
Certains d’entre eux en appellent à la Morale, au Droit, à l’Honnêteté, à l’Exemple ! Entendez-vous, Tante Léonie, le bruit des bottes qui m’escortent …
Je suis bien d’accord avec eux : un livre, c’est insupportable qu’on le fasse connaître ; c’est bien plus dangereux que le conformisme littéraire, la trouille de paraître ce que l’on ne souhaite pas être (pingre lecteur) – par exemple. Il faut faire l’éloge de la paresse, et singulièrement de celle de la lecture. Mais n’est pas Alberto Manguel qui veut.
Aussi, Tante Léonie, je dois vous dire que je commence à connaître ce que Michel Houellebecq souffre depuis ses débuts : délation, insulte, diffamation, vindicte.
Ecrire n’est pas enviable. C’est un risque, avec soi, comme avec les autres. Un risque utile aux hommes.
C’est pourquoi les lecteurs attentifs, patients, méritent notre admiration. Quant aux autres dont je vous parlais, Léonie, très chère Tante, allez ouste ! Ils ne sont nullement pressés : ils s’ennuient, vipérinnent et détruisent. Ils ne s’ouvrent que comme les parasols, quand il fait beau et que c’est facile de s’endormir.

Très à vous – et revenez écrire ici, chère Tante Léonie, fort bien nommée. Notre dialogue est ouvert et s’offre. Saluez Marcel si vous le croisez, ainsi que Gustave, qui m’entend fort bien.

Didier Guenardeau
16 11 2009

La fierté des hommes

Vendre ce que l’on a, comme on le peut

Je voudrais être vendeur d’oranges.

Au milieu des étales de la médina de Rabat, je pourrais parler avec mes amis et les entendre. Je gagnerais mon petit pécule, simple vendeur.

Ecrire, c’est chaque jour. On ne compte pas.  Les hommes qui vendent des oranges ne comptent pas leur sueur. Et toi, chaque matin, quand tu entres dans la médina, tu bois un verre de jus d’oranges. C’est le soleil qui entre et sourit.

Faire pousser les orangers : ça prend du temps. C’est la pauvreté, mais c’est la noblesse des hommes et de leur travail: vendre ce qui est ce matin, il fait chaud,  le soir ira à la famille.

Tandis qu’ici, en Occident, chaque soir la publicité, les hommes abandonnés, des défauts de parole, la solitude d’un écran, des journaux sourds au besoin de vivre parmi les hommes.

Didier Guenardeau

La fierté des hommes :
vendre ce que l’on a, comme on le pe

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline

A propos du chapitre sur l’Afrique

Céline ouvre dans ce chapitre (II) une critique de la vision coloniale française dominante et construit un parcours initiatique (celui de Ferdinand Bardamu). Les descriptions, incidemment colorées, pourraient être mises en écho avec certains tableaux du Douanier Rousseau, ou évoquer (ultérieurement) la luxuriance longue, indéfinissable du roman de Luis Sépulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour. Dans ce cadre, la vision d’un paradis perdu et rendu exotique, les relations avec les indigènes, la critique d’une guerre exportée (la hiérarchie militaire coloniale) renvoient à une sexualité symbolique essentielle, primitive. Ce séjour en Afrique est un moment moite d’attente, suivant les champs de guerre et le front franco-allemand de la guerre de 14-18 (premier chapitre) et s’avère peut-être le plus symptomatique. En effet, les descriptions de la nuit tropicale s’auréolent de la matière humaine qu’elles viennent dire, et les couchers de soleil peuvent être lus comme ceux de l’humanité. L’inquiétude des nuits tropicales, de ses dangers et de ses cris sauvages s’oppose à la noirceur des nuits répétées sans espoir de la banlieue parisienne – et ces nuits chaudes et huileuses des forêts dans leur unique inespérance trouble, désirable comme une répugnance de mort, signe une vision « d’après l’amour » dans un bouge glauque. Tout ce qui se couche dans ce roman semble dire un abandon et se prépare à sa propre fin, éternellement reportée, dans l’endurance, malgré tout. On assiste ainsi à une dénonciation toujours trouble des âmes elles-mêmes troubles : en Europe, aux colonies… L’exotisme de ce passage sur l’Afrique peut se lire comme un exotisme à soi-même, et interroge avec violence l’initiation de l’homme jeune, Bardamu : une inespérance des vingt ans. L’ennui et les peurs vaincues retiennent alors la mise en abyme ultime des assassinats dont Bardamu a été témoin sur le front, et dont la sexualité putassière, vue et jamais voyeuse, toujours espérée, donne l’avant-goût d’une apologie de la mort pure.

Didier Guenardeau

04 10 2009

Thèse : Raymond Queneau et les problèmes du descriptif.

J’y repense.

————————–

Fin du colloque dirigé par Daniel Delbreil et Jean-Pierre Martin « Le roman de Zazie et le roman », qui s’est tenu à la SGDL ces 2 et 3 octobre, clos comme il se doit par une brouchtoucaille.

 » Prenez choux, artichauts, épinards, aubergines, laitues, champignons, potirons, cornichons, betteraves, raves, chou-raves, tomates, patates, dattes, céleris, radis, salsifis, fèves, oignons, lentilles, épis de maïs et noix de coco ; épluchez, pelez, nettoyez, lavez, coupez, hachez, concassez, triturez, tamisez, étuvez, égouttez, passez, balayez, ramassez, délayez, sublimez, concrétisez, arrangez, disposez et cuisez partie à l’eau, partie à l’huile d’olive, partie à l’huile de noix, partie à la graisse de bœuf, partie à la graisse d’oie. Prenez d’autre part des animaux vivants, mammifères mâles et volatiles du sexe faible. Égorgez-les, écorchez-les, découpez-les, sectionnez-les, débitez-les, embrochez-les, et rôtissez-les. Dans un grand chaudron préparez une sauce avec huile, ail, vinaigre, moutardes diverses, jaunes d’œufs, fine champagne, poivre, sel, piments, safran, cumin, girofle, thym, laurier, cari et paprika. Touillez et ratatouillez et lorsque l’heure sera venue, servez dans le grand plat ancestral que vous aurez eu soin de ne pas laver depuis la dernière fête.  »

Saint-Glinglin, Raymond Queneau

 

Prenezchoux,artichauts,épinards,aubergines,laitues,champignons,potirons,cornichons,betteraves,raves,chouraves,tomates,patates,dattes,céleris,radis,salsifis,fèves,oignons,lentilles,épisdemaïsetnoixdecoco;épluchez,pelez,nettoyez,lavez,coupez,hachez,concassez,triturez,tamisez,étuvez,égouttez,passez,balayez,ramassez,délayez,sublimez,concrétisez,arrangez,disposezetcuisezpartieàl’eau,partieàl’huiled’olive,partieàl’huiledenoix,partieàlagraissedebœuf,partieàlagraissed’oie.Prenezd’autrepartdesanimauxvivants,mammifèresmâlesetvolatilesdusexefaible.Égorgezles,écorchezles,découpezles,sectionnezles,débitezles,embrochezles,etrôtissezles.Dansungrandchaudronpréparezunesauceavechuile,ail,vinaigre,moutardesdiverses,jaunesd’œufs,finechampagne,poivre,sel,piments,safran,cumin,girofle,thym,laurier,carietpaprika.Touillezetratatouillezetlorsquel’heureseravenue,servezdanslegrandplatancestralquevousaurezeusoindenepaslaverdepuisladernièrefête.

Je serais heureux d’avoir de tes nouvelles. Qu’es-tu devenu depuis nos rencontres  à l’Université de la Sorbonne Nouvelle ? Es-tu encore à Marrakech ?

Sauf erreur, tu avais soutenu ta thèse sur L’Espagne et le Maroc dans le Voyage pittoresque du Baron Taylor.

Il te suffit de me laisser un message (au-dessus de cet article), il me sera adressé.

Très à toi,

Didier Guenardeau

plage et drap

Troisième voyage de ma lectrice à Paris, chez moi. Ce n’est pas rien. Elle sera là dimanche 6 septembre soir, toute une nuit de lectures et de paroles. C’est beau une lectrice qui vient te lire, chez toi, te parler et t’entendre. Je vais l’emmerder, bien sûr, et elle va pas me rater, bien sûr. De la pure jouissance de langue en perspective.

L’écrivain, en honneur à sa lectrice, Hélène Monnier.

Didier Guenardeau

04 09 09

20 août 2009

Hélène Monnier est ma lectrice et mon amie. Nos échanges sont extrêmes. Bien des échanges dans nos écritures ont essayé les mots, et ces échanges, grâce à elle, ont ouvert parfois une infinie perfection du dialogue.

Hélène Monnier à Rabat

Rabat, les Oudaïas
© HM

C’est d’ici que j’ai écrit Au Soleil des Oudaïas. Je n’écris que de ce lieu.

Plaza Reial -Barcelona

ÉCRIRE

mai 2009

Interview


AF – Comment avez-vous commencez à écrire? Qui vous lisait au début?
Didier Guenardeau – J’ai commencé par des nouvelles et des bribes de textes. Les premiers lecteurs sont souvent l’entourage et les rencontres neuves du moment.

Quel est votre genre favori ?
DG - Je pense préférer nouvelles et romans, journaux, poésie parfois.
Mais ce que j’écris ressort d’une mixité.

Quel est votre processus créatif ?…
DG - Notes, méandres, détours divers… Attentes, ajouts, récritures permanentes. Mais notes surtout, sur papier, et aujourd’hui – un aujourd’hui très installé déjà – c’est sur mon clavier de portable que j’écris, entièrement concentré à l’intérieur des mots.

Certaines « lectures » vous donnent-elles envie d´écrire ?
DG - La lecture du monde, d’une idée, de quelque chose à dire… Parfois la lecture d’un roman : lire quelqu’un d’autre, être avec peut réveiller un désir latent de construire un personnage ou une situation avec lesquels le lecteur sera – et moi aussi !

Quels sont les ingrédients de base d´une histoire… ?
DG - Un fil conducteur sans cesse remis en question – et peu utile. L’essentiel étant de lui courrir après. Peu importe si je l’attrape, c’est la volonté et l’envie du chemin qui compte.

À quelle personne êtes-vous le plus à l’aise : à la première ou à la troisième personne ?
DG – Une préférence d’énonciation est une question sans intérêt … très « american writer » … très mode simplifiée. Tout est possible, et cette possibilité suffit depuis déjà quelques décennies, non ?!

Quels écrivains admirez-vous ?
DG – Antonio Tabucchi, Erri de Luca, certainement. Mais aussi Michel Houellebecq ou Federico Garcia Lorca … John Fante. Michel Tournier, au début. Les lectures et les périodes de recherche, l’envie d’une écriture dépendent de ce dont j’ai besoin. Borges… Je ne peux pas rendre compte de ma bibliothèque, ça change tout le temps : son ordre et sa visibilité changent, n’est-ce pas ?

Qu’est-ce qui rend crédible un personnage ?
DG – Alors là, la crédibilité d’un personnage ne m’intéresse pas. Ce que l’on a à dire ou à regarder se construire, oui. On en a fini avec le réel depuis un certain temps, non ?, disons depuis Flaubert… Et du personnage, par exemple depuis Queneau… Alors un personnage, il est bien possible que pour moi ce ne soit que du langage, ce qui n’est pas non plus nouveau depuis Joyce… Je ne m’intéresse qu’au langage, je crois…

Pour qui écrivez-vous ?
DG – Pour les autres, pour être dans un dialogue permanent. Pour convier à être ensemble dans un discours intérieur qui vit dehors…

Les conflits internes sont-ils une force créatrice ?
DG – Oui, certainement. C’est une des richesses créatrices. Ce n’est pas la seule.

Le retour des lecteurs vous sert-il ?
DG – Oui et non. Vais-je écrire ce qui est attendu ? Non !

Avez-vous reçu des prix ?
DG -Oui, et j’ai gagné de sérieuses vacances ! J’ai obtenu deux fois le Prix du concours de la nouvelle de la Sorbonne Nouvelle, par exemple. Ensuite, ils en ont décidé de changer le règlement, pour pas que ça se reproduise : la seconde fois, il n’avait pas reconnu mon écriture ! Cette histoire m’a assez plu : je n’étais pas innocent du tout, à toute petite dimension j’ai eu mes deux prix Goncourt !, comme certain…

Partagez-vous vos projets d’écriture avec une personne de confiance afin d’avoir son opinion ?
DG – Assurément. J’ai une lectrice attitrée, Hélène Monnier : une tête, une culture… et elle m’embête fréquemment. Pour autant je ne la suis pas souvent… Mais elle est là, et ça, ça compte.

Vous imposez-vous une discipline, en termes de calendrier, d´objectifs… ?
DG – Je n’ai aucune discipline sauf la tenaille permanente du discours.

De quoi vous entourez-vous dans votre studio de travail pour favoriser votre concentration ?
DG – Livres, feuilles, manuscrits, objets, sculptures, peintures et bordel. Mais je n’écris pas toujours dans ma bibliothèque. Le métro, debout quelque part, la plage… me vont aussi bien.

Écrivez-vous sur écran, imprimez-vous souvent, corrigez-vous sur papier… ? Quel processus suivez-vous ?
DG – Hélas ou tant mieux, j’écris sur écran. Avant je n’écrivais que sur papier. Je ne sais pas où est l’erreur. Je corrige sans cesse. Je n’ai aucun autre processus. Tout ce qui serait établi rendrait compte d’une velléité insupportable.

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment ?
DG – Roman et écriture intérieure ouverte vers l’autre, poétique, simple et difficile à la fois. Des voix, de l’humain.

Didier Guenardeau, mai 2009

Contribution 2
Psychanalyse


L’Hors, l’Ogre et le Père

Jacques-Alain Miller a clos le débat raisonné sur le CPCT multiple (Entretien 27, publié le 05 12 2008). Mais le CPCT est une hydre. Il désigne maintenant l’Ecole : il indique du doigt la direction et pointe la halte vers laquelle on peut entrer, neuf.

Est-on prêt ? … Est-il homogène ce « on » dont nous sommes ? … Qu’est-ce qui grouille encore ?

Pour Jacques-Alain Miller, le CPCT était un laboratoire, une aventure inscrite dans un siècle d’histoire, de remous ; et dans un contexte politique, celui de l’entretien des peurs qu’occulte le spectacle, que dit la norme et qu’illustre le statut social accordé à l’Autre.

C’est encore le moment pour rappeler que le lieu de la psychanalyse soit l’Ecole,  une école d’artistes. Soigner l’urgence bientôt ne suffira plus. Ce sera ma direction.

——–

Une lecture que j’ai retenue, des Entretiens d’actualité diligentés par Jacques-Alain Miller,  soulève trois nœuds.

Le premier nœud me semble contraint de deux apories : celle de la psychanalyse pure, quand il se trouve peu de foi et qu’il n’en reste souvent que la Loi, plutôt de morale laïque ; et l’aporie insatiable de l’issue du Pauvre : la précarité croissante en tout (sociale, physique, morale, affective, symbolique) n’a de cesse dans son cri de rencontrer un désert. Aussi, l’Etre Un, dans son combat du jour, est peut-être le quatrième impossible qu’aurait omis Lacan – au-delà des trois Pères (l’analyste, l’enseignant, le père).

Pourquoi donc ? Parce que le combattant est hors, hors de la maison. Or les trois Pères impossibles sont en maison : ils y sont, ils en traitent. Et quoiqu’il en veuille, ce combattant n’a pas de direction à s’offrir : il est l’indigent.

JAM avait construit pour les CPCT, l’Habitat, l’Habitant et l’Habitude : une dose de précarité doit pouvoir soutenir l’analyste dans son essai hors les murs. Il vient de renforcer l’Habitat en prévenant du risque d’Icare : « réduire la voilure » (ne pas développer plus les CPCT, et ne pas offrir plus de bénévolat au risque de l’emprise de l’Autre social).

Mais y a-t-il un soleil quelconque dans l’hydre de l’indigence, qui éclaire mon propre Autre et m’enseigne de ma pauvreté ? Seize séances…
Est-ce supportable une demeure symbolique, pour le pauvre ? La foi du pauvre, l’accès au symbolique…

Le second nœud est un symptôme. C’est Etienne Klein qui le pointe. Pour lui, dans Galilée et les Indiens (2008), c’est à une crise de la patience que nous assistons.

La lecture, l’écriture, l’écoute… sont des patiences. Où est la patience pour le sujet, hors la séance, où la rencontre-t-il ? Peut-on l’offrir si vite à connaître ? Le sujet qui passe, au CPCT, qu’est-il avec la patience ? … Une maison est une patience …  l’attendre… Une indigence est une patience… en sortir…
Le Dedans et le Hors sont deux patiences, mais où se construit leur rencontre ?

Il est une patience certaine : celle de l’agriculteur (qui relève de l’agricola). Les autres patiences apparaissent comme des luxes ou des stratégies. Dans la métalangue des catégories du discours rhétorique, la Roue de Virgile classe ce qui traite des paysans comme appartenant au style médiocre (mediocris stylus), c’est-à-dire intermédiaire : entre gravité et humilité, entre les discours guerriers, dominants, et ceux des pâtres. C’est peut-être la direction de la psychanalyse pour le XXIe s. et celle de son Ecole : creuser, créer – attendre.

Le troisième nœud que j’ai relevé dans les Entretiens, est celui fait du Maître. Dès le 13 octobre 2008, Jacques-Alain Miller, s’entretenant avec Jorge Forbes, rappelait en la soulignant  « l’incompatibilité du discours de l’analyste avec celui du maître ». Dans les entretiens 13 et 14 (clos par l’entretien 16, puis 17), Jacques-Alain Miller débat avec FH Freda. Il écoute, fait préciser, puis désigne la maison vers laquelle il rappelle. La concession momentanée œuvre à la direction : Jacques-Alain Miller peut paraître tenir fonction du père, du Maître.

Il rappelle l’heure : la psychanalyse peut-elle être libre comme l’artiste, sans discours qui la dirige ?

Quant à l’Ogre, on peut évoquer l’Etat quand il est l’autorité brutale, à défaut que nous soyons ogres et dévorants. Mais il est un ogre autre : la pauvreté infinie, désolante, miséreuse et infortunée. Le premier ogre a parfois mauvaise figure : il veut pour. Le second ogre est un état social qu’interroge parfois le parcours individuel.

Que devient le psychanalyste face à la dévoration du Hors ? On ne peut se dissoudre… L’immobilité est opposée à la vie… « S’adonner à une cause », disait FH Freda  (vidéo présentant le CPCT Chabrol – site de Paris VIII), est une humanité.

Les toutes premières paroles de Jacques-Alain Miller à Jorge Forbes, lors du second Entretien, furent pour poser qu’il n’allait pas « jouer les Pères morts ». Assurer l’héritage, donc. On ne transmet qu’une fois. Pour cela peut-être, il demande que l’on revisite la maison. Est-ce une condition de l’héritage ? Avant de transmettre, s’assurer du Hors  et du Dedans. Ayant été ouvert, le rappel à la maison unie devient possible. Pas avant. Car ce qui est « hors » est un attrait que l’on ne devrait pas combattre.

Mais on ne reste pas longtemps dehors. Alors une maison,  l’ECF… Pourquoi est-ce qu’on y retourne ? … Une maison unie… « Unie » signale qu’elle est Une, unique, mais aussi la nécessité qu’elle le soit, non acquise. Et contre qui s’unir ? Ou avec qui ? Car enfin, ce qui est uni ne l’est que de variétés assemblées.
Ainsi le Père tient, sans méconnaître la tentation de l’Ogre. Mais pour naviguer, il faut une dose d’art, de démarche artistique, être « touché par les anges » rappelait Fabien Grasset.

Didier Guenardeau
10 12 2008
Corrections des 19 01 09, 11 02 09, 12 08 09, 06 09 09

Psychanalyse

Contribution 1

[Publié par Jacques-Alain Miller dans Entretiens d'actualité n°24, le 28 11 2008]




Jacques-Alain Miller,

[Maison]

J’ai lu, dans les Entretiens, un point minuscule. Il m’a attiré.

Il y est soulevé l’exiguïté des locaux de l’ECF. Déménager dans un autre arrondissement, par exemple dans un loft.

L’Ecole se loge rue Huysmans. Je vous faisais part dans un (premier) courriel précédent que je souhaite devenir psychanalyste.

J’y viens parfois, rue Huysmans, j’écoute. C’est un quartier suffisamment central pour que cela soit possible. Aller à P VIII m’est impossible.

Le local, rue Huysmans, est hausmanien. Il va bien avec l’histoire et le temps et la parole de la psychanalyse. Lorsque j’entre, je suis là d’où la parole provient.

Pour les livres, comme pour les auditeurs, la rue Huysmans deviendrait trop petite…

Pourtant, on ne déménage jamais impunément. Je me rappelle le psychanalyste avec lequel j’ai travaillé : lorsqu’il a déménagé, cela a coïncidé curieusement avec ce qui sera devenu pour moi la fin de ma psychanalyse quelque temps plus tard. En changeant, j’avais changé aussi. Je crois aujourd’hui que j’avais un lieu. C’était “ici”. Il fallait peut-être cela pour clore. En quelque sorte, il y a eu lien entre ces deux clôtures.

Dans un loft, la parole n’aurait pas l’architecture, les couches, le temps pour l’accueillir.

En ces temps de questionnements intenses sur les CPCT, j’entends le recentrement que vous opérez. Les deux premiers entretiens que vous avez eus avec FH Freda sont un exemple très rare de rhétorique. J’ai lu le troisième.

Exigu signifie étymologiquement “exactement pesé”.

Un loft fut une usine, convertie en habitation. Il existe aussi des lofts imitants, agréables et spacieux, certes, tout construits sur le modèle…

Mais une maison exactement pesée… lorsqu’on la quitte … on n’est plus jamais le même : un temps s’est clos.

Est-ce bien le moment ?

Très à vous,

15 11 2008

Didier Guenardeau

Le livre Au Soleil des Oudaïas

" Une écriture à la Camus ".
Jacques de Schryver, journaliste

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Au Soleil des Oudaïas
roman
janvier 2010 / 11 x 17 / 160 p
12 € TTC
ISBN 978-2-9535869-0-9
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