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A paraître prochainement :
© Au Soleil des Oudaïas, roman.
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Un sang de Babel
Deux années ont passé. Je reprends ma Babel des Cent. Cent livres qui m’ont poussé à écrire. En écho, l’enquête réalisée en 2004 pour le magazine Lire Lire 100 livres (vous la retrouverez dans le menu “Derniers articles”), mais surtout la revue lunotée de ma lectrice, Hélène Monnier, qui a grassé les titres en fonction de ses lectures réelles ou de ses souvenirs apeuprètistes. Pour voir ses lunotations de l’enquête sur son magnifique blog d’écritures du quotidien : http://www.animaregard.com/blog/?p=1247 (ou cherchez dans son blog son article du 8 octobre 2009 à 9:56, titre : Lire).
Cent livres donc, ou plutôt cent items ou auteurs. Ceux dont je ne peux me passer, avec lesquels j’écris, ceux qui m’ont ouvert à l’écriture. Quelques uns que je déteste, les frontières se marquent ainsi et illuminent les choix. On reste dans ce qu’il est mal convenu, et plus du tout convenu en fait, d’appeler “roman”, théâtre ou poésie. Rien des étages d’érudition de ma bibliothèque, rien des textes dits classiques, à bas tout cela : ici, la chair des choix, la vraie, celle qui appelle l’ogre. La chair sauvage des découvertes, non la transmission littéraire. Du moins ce que j’ai découvert un jour, sans qu’on me le souffle, au hasard, en levant la tête un jour de pluie, avec l’eau qui ruisselle sur le manteau, souvent devant une vitrine de librairie, dans une bibliothèque publique, au bord d’une étagère chez quelqu’un. Des fondations.
Le tout suit son rythme. Car des souvenirs, il en est de forts mais il en va comme de ma mémoire : un tissu inconscient dont j’écris, plein de trous. Mon étagère de Babel est un trou entre deux livres non mentionnés ici.
Ainsi va ma bibliothèque depuis vingt-deux ans. Si du moins j’arrête le temps au point qui a inauguré le seul roman que j’ai vraiment voulu écrire : © Au Soleil des Oudaïas. Extraits sur le site. Ce point fut la rencontre d’Adrienne Fréjacques…
Concernant la liste, elle n’a aucun ordre qui dise une préférence : je conserve certains des livres mentionnés par Lire et lunotés par Hélène Monnier, j’ajoute les miens au gré des coups d’oeil partiels vers ma bien sobre bibliothèque. (Voyez celle d’Alberto Manguel, dont la lectrice est aujourd’hui son bouvier Bernois, la bienheureuse Lucie : http://www.actes-sud.fr/paris-premiere.php)
La liste est commentée. Il se peut que vous preniez plaisir à être comparatistes, des résultats d’un vote et des conservés à titres divers à cet étage de Babel. Il se peut que vous soyez ulcérés, ce serait adorable.
Ce qui compte, ce n’est pas la vue parcellaire d’une étagère babélienne conçue par Borges – parcellaire : un peu de ce qui a été écrit, rien de l’advenir à l’écriture – mais d’avoir établi un relevé du plaisir et de la soif, ou du dégoût, ou des mièvreries, en quelques livres dont je n’imagine pas que la bibliothèque d’un lecteur puisse être dépourvue. Car dans une bibliothèque, on aime et on hait. Ainsi on aime mieux.
Ma bibliothèque compte quelques milliers de livres (roman, poésie, théâtre), des centaines de livres d’art, des BD, aussi des dictionnaires et des grammaires espagnoles.
Voici donc la liste de l’insatisfaction. Close, parvenu aux Cent, j’éprouve une douleur plus intense encore : ma mémoire s’est effacée – et je n’ai rien lu.
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Les Cent de Babel
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1 Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Sur mon bureau d’écriture. Gigantesque, insurpassable.
2 Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez. Immense. Sur mon bureau d’écrivain.
3 Au-dessous du volcan, Malcolm Lowry. Gigantesque roman. Peut-on vivre sans l’avoir lu ? Ce sommet n’est pas dans la liste des 100 de Lire. Que des lecteurs ont-ils donc lu, je l’ignore. Comment peut-on même dire que l’on a lu, sans être entré dans cette écriture et dans ce monde ? Sur mon bureau d’écriture.
4 Montedidio, Erri de Luca. Sur mon bureau d’écriture. J’écris avec lui, et avec ce livre.
5 Les Indes Galandes, Roger Nimier. Sur mon bureau d’écriture. Il m’a appris à écrire.
6 Trois chevaux, Erri de Luca. Sur mon bureau d’écriture.
7 Le Contraire de un, Erri de Luca. Très bien, mais ce sont d’abord des écrits politiques.
8 Les Champs d’honneur, Jean Rouaud. Sur mon bureau d’écriture. Une simplicité tenue et une véritable puissance d’écriture. J’aurais aimé avoir écrit ce roman : avoir vécu cette écriture, avoir imaginé ce narrateur et cette histoire. Un cadeau de pluie, de grenier, de ma grand-mère, la beauté du XXe s. et des gens « simples ». Un nouveau Pagnol ?…
9 Requiem, Antonio Tabucchi : sur mon bureau d’écriture, sans cesse, dans l’édition réalisée par Christian Bourgois, qui n’a hélas pas de successeur digne de ses découvertes et personne ayant sa chaleur… Je conserve ses courriers reçus. J’écris avec Antonio Tabucchi, particulièrement avec ce livre que j’aurais aimé avoir écrit.
10 Michel Tournier. Le Roi des aulnes, Vendredi ou les Limbes du Pacifique… J’ai à peu près tout lu. Il m’a appris à écrire, surtout à entrer dans la lecture ; puis je m’en suis détourné. Nous nous sommes rencontrés. Je conserve une lettre magnifique de lui, au temps où je commençais à écrire : je n’avais pas aimé son Médianoche amoureux, il m’avait répondu qu’il n’avait jamais dit à Marguerite Yourcenar qu’il n’aimait de son œuvre que Les Mémoires d’Adrien (qui me reste à lire). Sur mon bureau d’écriture.
11 La gloire de mon père, Marcel Pagnol (ado, adoré, ça tient chaud : lu la tétralogie).
12 Fictions, Le Livre de sable, Le Rapport de Brodie …, Borges. Ces nouvelles ne sont pas surpassées…
13 Antonio Tabucchi (suite). C’est avec Christian Bourgois que j’ai découvert Antonio Tabucchi, le mois même de la publication de la première traduction qu’il a donnée : Nocturne indien, en avril 1987. En août, je rencontrais Adrienne Fréjacques, à l’origine de © Au Soleil des Oudaïas.
Tous sont sur mon bureau d’écriture :
Nocturne indien
Piazza d’Italia
Le Jeu de l’envers
Femme de Porto Pim et autres histoires
Petits malentendus sans importance (notamment « Iles »)
Le Fil de l’horizon
Le Petit navire
Une malle pleine de gens
L’Ange noir
La Nostalgie du possible … Lire la bibliographie de Antonio Tabucchi.
14 Philippe Djian : Bleu comme l’enfer et beaucoup de ses livres ; je n’écris pas du tout comme lui, et je suis bien dans ses ambiances. Est-ce dans Echine que le narrateur construit un escalier menant de sa maison à la plage ? J’aimerais vendre mes livres pour m’offrir une maison et avoir un escalier à construire pour descendre à la plage.
15 Le Parti pris des choses, Francis Ponge. Lu et relu, un bijou de poésie en prose.
16 Agatha Christie : plusieurs, ado, je ne me rappelle pas des titres lus. Ma fille Laodicée a lu la moitié de son oeuvre.
17 Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry. Pilote de guerre, Vol de nuit et ainsi de suite. Un ami qui écrit. Des nuits de lecture près de lui.
18 Les albums de Tintin, Hergé. Oui, tous lus et adorés. Mais la querelle demeure : est-ce bien de la littérature ? … Ce qui est un peu triste, c’est de découvrir adulte la vision culturelle du monde de Tintin … Et l’empire de la société Moulinsart, peu amène … L’innocence tombe. Ingrid Bergman a dit : « Le bonheur, c’est une bonne santé et une mauvaise mémoire ». Elle également dit : « Je n’aurais pas vécu ma vie ainsi si je m’étais souciée de ce que disent les gens »…
18 bis Les albums de Lucky Lucke. Tout.
18 ter Les albums d’ Astérix. Tout.
La BD n’est pas un genre mineur. Elle construit à partir des images et des récits tronqués, des films de l’esprit. Lu beaucoup de BD jusqu’à 30 ans.
19 Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell. J’ai peut-être bien vu le film, mais dire que je l’ai lu, non, ce serait faux. A voir quand j’aurai le temps de pleurer.
20 Madame Bovary, Flaubert. Trois contes. Lu et vu, contraint au début, pas si mal en fait. Le rythme ternaire de ses phrases, les clausules de nombreux paragraphes. Mais le XIXe s., je ne m’y éternise pas, je n’ai guère envie d’en parler. J’ai autre chose à lire, à écrire.
21 Ulysse, James Joyce. Dans mes débuts d’écrivain, je l’ai imité. C’est devenu insupportable, proprement.
22 Dictionnaires Le Robert, le Larousse illustré (plusieurs éditions, parcourant la fin du XIXe s. et le XXe s., à comparer), le Grand Larousse, Littré (un peu), Furetière (un peu), TLF, j’en passe… : le Petit et le Grand Robert de la langue française, le Robert historique de la langue française… Depuis que j’ai 10 ans, page après page j’ai lu les dictionnaires, mais on en saute des pages, on ne sait à peu près rien, donc. On entre par un mot, puis il en faut un autre, qu’on ne connaît pas tant que ça, ou pas du tout .. mais l’oeil s’égare … une ligne plus bas … la page suivante… une idée, tiens ! Et ça fait deux heures, trois heures, une demie nuit qu’on arpente le dictionnaire. Ils sont sur mon bureau.
Ce sont des romans, à la lettre : un dictionnaire est un roman de la langue ; et la langue, un roman à elle seule. J’ai failli écrire : la langue est un roman à soi seul. – Tu parles comme un roman, me disait mon père.
” Tu es un ogre, me disait parfois Rachel.” (Le Roi des Aulnes).
23 Mythologies, Roland Barthes. Sans commentaire. La langue est pure, et les idées.
24 Moderato cantabile, Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras. L’écriture elle-même. Et bien d’autres romans.
25 La Chasse au lézard, William Boyd. Relu des dizaines de fois. Il a inspiré certaines de mes nouvelles. Sur mon bureau. Lisez « Ma petite amie aux jeans étroits ».
26 Zazie, Le Dimanche de la vie, Un rude hiver, Journaux, Raymond Queneau. L’oeuvre romanesque entière. Je n’aime guère sa poésie ni son théâtre. C’est ma thèse, je n’ai plus d’opinion, j’ai vécu avec lui.
Il en manque ici, des journaux d’écrivain, à citer…
27 L’Etranger, Albert Camus. Lu à 16 ans exactement, cinq fois de suite dans l’année. Avec lui, et avec ce roman, je me suis dit que je deviendrai écrivain. Pourquoi, je ne le savais pas. Je ne le sais toujours pas. Je n’ai jamais eu envie d’écrire comme lui. Mais il était dans le ventre et au soleil et de l’autre côté de la Méditerranée, il m’a parlé de ce que j’avais vécu. J’ai vécu au Maroc. C’était un homme, un père, Camus : c’est moi. Je le connais pourtant plutôt mal, à la réflexion…
La Peste, Le Mythe de Sisyphe … Pour compléter la bibliographie de Camus, elle se trouve facilement, partout.
28 Dune, Frank Herbert. Vu le film, jamais lu, j’ai oublié l’histoire mais je crois que c’était fort.
29 Le Livre de l’intranquillité, Fernando Pessoa. Sur mon bureau. Je finirai probablement par écrire comme lui. C’est une relation silencieuse à deux d’écritures, extrêmement intérieure et dont je ne peux parler.
30 Après-midi d’un écrivain, Peter Handke. Très fortes lectures. La courte lettre pour un long adieu.
31 L’écume des jours, Boris Vian et autres oeuvres. Oui. Mais à réfléchir, je l’ai bien oublié. J’aime le jazzman. Il nous parlait bien, ados. Cracher sur les tombes…
32 Paroles, Jacques Prévert. Certainement. Le bruit de l’oeuf qu’on casse peut-il être oublié, d’avoir été écrit ?
33 L’alchimiste, Paulo Coelho. Ben… à vrai dire, j’ai commencé. C’est un de ces auteurs que j’aime bien mais qu’en vérité je n’ai pas tant lu que ça. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Vous non plus, c’est assez souvent ainsi, avec certains auteurs : une proximité, un plaisir, mais à les interroger, on se sent vite pris en défaut de preuve.
34 Fables, Jean de La Fontaine. D’ailleurs, a-t-on besoin de préciser l’auteur ? Lu, relu ; récitées. Elles coulent bien, n’est-ce pas ?
35 Le parfum, de Patrick Süskind. Il me reste à lire. Même remarque que pour Coelho.
36 Les Fleurs du mal, Baudelaire. Lu exactement après le Bac ; oui, impasse, je détestais les « classiques » imposés de l’école. Puis j’ai eu une vague amoureuse, et un vague à l’âme d’écriture et de fille, et en une nuit, d’un coup, hop, je l’ai lu. J’ai adoré. J’ai relu. J’ai un peu oublié, mais je relis parfois. En tout cas, ça reste.
37 Vipère au poing, d’Hervé Bazin. Rage d’ado. Mais j’ai oublié le livre.
38 Belle du seigneur, d’Albert Cohen. Les premières pages et d’autres. Ce sont mes yeux qui fatiguent, pour ce folio n° 3039, le plus épais de tous, 1110 pages. Mais il est là, je le lirai. Pour ce livre, j’ai honte de ne l’avoir pas encore lu. Quelqu’un veut-il venir me le lire ?
39 Le Salaire de la peur, Georges Arnaud. Lu et relu. D’une traite, en haleine.
40 Huis clos, Les Mouches, Jean-Paul Sartre. D’autres livres. Oui, j’en ai lu, pas mal. Jeune. Je l’ai entièrement oublié…
41 Candide, Zadig, Voltaire. Il faut bien trier. Les Contes et nouvelles. Ah, bon sang, on était copain avec Voltaire ! Il faudra y revenir. Pourquoi est-ce que je ne le lis plus ? … J’écris, je suis ailleurs. Je travaille. Voilà tout.
42 Les Lettres persanes, Montesquieu. Voir de loin et critiquer la Cour. Peut-on encore le faire aujourd’hui ?… Le faisons-nous ?
43 Les lettres de mon moulin, Alphonse Daudet. Evidemment ! Ma mère a dû me les lire. Du rêve.
44 Ivre du vin perdu, Mes amours décomposées, Douze poèmes pour Francesca, Gabriel Matzneff. J’ai été pris entièrement dans ces lectures. Il est trop peu connu. J’ai été amoureux de Francesca.
45 Le Désert des Tartares, Dino Buzzati.
46 Les Malheurs de Sophie, comtesse de Ségur. Ah, ce que ça peut être ennuyeux, l’éducation… Ai-je vraiment lu cela ?…
47 Le Tour du monde en 80 jours, Vingt mille lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre, Jules Verne. J’ai lu ça de nuit, ado, j’ai adoré. Mais l’histoire, pas l’écriture. Enfant, j’adorais les histoires. Enfant… Des découvertes de ce qu’était un roman, à cet âge. Ce n’est pas l’avis de mon ami Philippe Scheinhart… qui a fait sa thèse sur Verne.
48 Bérénice, Phèdre, Racine. Vous vous rappelez ? c’est une pièce de théâtre. J’ai lu ça à 14 ou 15 ans. C’est pour les ados, Racine ? Racine a écrit pour être lu au lycée ? Qui le lit encore, au-delà de l’école, des profs (contraints…), de quelques amoureux du passé ?… On ne peut pas le récrire, Racine ? Ah, la langue de Racine… La poésie. Elle sonne, c’est du rythme. Mais enfin, aujourd’hui, quand le lire ? Quel rapport avec notre environnement de pensée ? Combien de Racine Molière Corneille sur les tables de nuit, fin 2009 ?
49 La Condition humaine, d’André Malraux. Mon père m’en avait parlé.
50 Les Rougon-Macquart, Zola. Ils sont bêtes, les enquêteurs de l’enquête de 2004, et les lecteurs enquêtés : – Hep, le « titre »… c’est l’ensemble de l’oeuvre… Faudrait savoir si vous n’avez lu QUE Germinal ou si vous avez lu TOUS les romans des Rougon. Vous l’avez lu, Zola, vrai ? Vrai… ? Voir la liste de Lire. J’en ai quelques uns.
51 Jour de silence à Tanger, Tahar ben Jelloun. Connaissez-vous ce court roman ?
52 Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand. Oui, oui… on a lu. Ce que c’est c… à lire… Par contre, entendre Gérard Depardieu, alors là, oui !
53 Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë. Pas le temps de pleurer, et ainsi de suite pour les romans haut le coeur. C’est rien, c’est facile, c’est de la soupe.
54 Une histoire de la lecture, Alberto Manguel. C’est vraiment prenant… A tel point que ma Lectrice, Hélène Monnier – cherchant quel cadeau emporter de ma bibliothèque, que je voulais lui offrir par amour et pour la remercier de son travail permanent à mes côtés pendant l’écriture de Palabres exotiques, devenu Au Soleil des Oudaïas – me l’a pris, hop, dans son sac. Quatre ans plus tard, elle me le rapporte, c’était début septembre 2009… Est-ce que vous avez déjà vu cela, que l’on rapporte un cadeau offert ? Elle n’osait pas le garder ! J’ai avalé ma langue, et je lui ai dit : – Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Hélène ?!… Elle n’a rien répondu, car elle n’avait aucune idée. Elle est donc repartie avec. – Non mais. Je l’ai lu, et c’est un cadeau … Comme vous en aurez jugé, elle sait que mes livres, la nuit, me parlent. J’entends leur voix. – Mais ils peuvent très bien me parler de loin, Hélène. Il ne me manque pas, tu es avec lui et je vous entends.
55 Les Raisins de la colère, John Steinbeck. Tortillat flat, Rue de la Sardine, Des souris et des hommes, Les naufragés de l’autocar … et patin-couffin. Ah que c’était bon de lire Steinbeck toute la nuit. Pourquoi n’a-t-il pas écrit plus ? Il a oublié les jeunes dévorants. A relire.
56 La possibilité d’une île, Michel Houellebecq. C’est un roman immense. Les cinquante dernières pages exactement sont un sommet de l’art romanesque. Si j’avais plus de force et de culture, j’écrirais dans ce sens. Mais il écrit déjà, c’est fait. Les Particules élémentaires, Plateforme. Liste non close. – N’est pas sur mon bureau, car je me tiens à mon écriture, mais… je pourrais m’énerver et m’y mettre.
57 Lettres de Tanger à Allen Ginsberg, William S. Burroughs. Lu à Zurich, avec des notes prises dans un bar où j’étais assis en face d’une très belle femme. Tout y était fermé, raide et privé. L’ennui suisse.
58 Venus erotica, Les Petits oiseaux, Anaïs Nin. Un temps, on croit que ça ne se lit que d’une main (hommes et femmes). Puis on change rapidement d’avis, on reprend le livre à deux mains. Le monde des fantasmes est d’une puissance inégalée, celui de l’érotisme, et il faut avoir lu, beaucoup, avant de jouir et du plaisir et de la mort.
59 Les Sirènes, Arturo Loria.
60 Journées de lecture, Roger Nimier. Magnifique critique.
61 La Divine Comédie, Dante. J’ai (eu) le projet de la récrire. C’est déjà fait au théâtre.
62 Petite chronique des gens de la nuit dans un port de l’Atlantique Nord, Philippe S. Hadengue. Peintre, d’abord. J’ai dévoré ce livre.
63 Les Belles, Giuseppe Antonio Borgese.
64 Contes pervers, Régine Desforges.
65 Eloge de l’ombre, Junichiro Tanizaki. Traité magnifique d’esthétique japonaise, dont l’écriture est des plus sobres.
66 La Sauvage, Jean Anouilh. J’ai voulu la mettre en scène.
67 Le Cimetière marin, Paul Valéry. Une interrogation permanente sur la signification du poème. Un art exceptionnel du rythme et des visions. Relus combien de fois ?
68 Robinson Crusoé, Daniel Defoe.
69 Salut, Mallarmé. Six mois d’analyse pour comprendre ce poème unique.
70 La Vie devant soi, Romain Gary. Pour l’histoire du petit Momo.
71 Plein de vie, Demande à la poussière, John Fante. L’univers de Fante, qui donnait envie d’aller sentir les Etats-Unis.
72 Croc-Blanc, Jack London. Lu jeune. Une des lectures romanesques de mon père. Aucun souvenir.
73 Moon Palace, Paul Auster. Pour l’histoire.
74 L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera. Lu, et vu.
75 L’Oeuvre poétique, Léopold Sédar Senghor. Pour la musicalité et le rythme du vers, uniques.
76 Poésies, Rimbaud. Tout de même.
77 Chansons, Georges Brassens. Univers de culture.
78 Ballade des pendus, Villon. Je trouve cette ballade magnifique.
79 Thomas l’imposteur, Orphée, Les Enfants terribles, Les Parents terribles, La Machine infernale, Poésies, La Belle et la Bête, Cocteau. Par exemple. Un ami, parce qu’il écrivait près.
J’ajoute : j’ai vu Orfeu Negro : magnifique.
80 Gargantua, Rabelais. A condition de suivre mais il existe d’excellentes traductions. Patrimoine.
81 Oraisons funèbres, Bossuet. Il me faut les relire.
82 Lorelei, Genevoix. Emprunté à terme définitif sur une étagère, dans un stage de peinture. Dans la même semaine de lecture, j’ai aimé une femme, elle me connaît encore. Alors… dites-moi, pourquoi aime-t-on certains livres ?
83 Le Vieil Homme et la mer, Ernest Hemingway. Je crois l’avoir lu.
84 Le Vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda. Voir l’écho proposé au Voyage au bout de la nuit (sur ce blog).
85 L’Odyssée, Homère. Puisque j’ai mis la Bible (n° 100), il convenait de citer L’Odyssée.
86 Les Essais, Montaigne. L’idée des couches d’écriture me retient bien plus que je ne le crois. Invention exceptionnelle.
87 Les Métamorphoses, Ovide.
88 Anthologie de la poésie baroque française, établie par Jean Rousset. Je suis tellement loin de cette société de pensée et de son temps, que j’y suis bien. Mais est-ce bien vrai que j’en sois si éloigné ? Connaissez-vous la musique baroque ?
89 Les cavaliers, Joseph Kessel.
90 Don Quichotte, Nouvelles exemplaires, Cervantes.
91 Histoire d’O, Pauline Réage (… ?). Vous osez entrer dans ce fantasme ? Racontez-moi.
92 San Antonio. Enormément de livres. Je n’ai jamais eu autant mal au ventre qu’en le lisant, essentiellement avant 15 ans. Mort de rire. Et un grand écrivain, Frédéric Dard. J’ajoute ici Simenon.
93 Oeuvres poétiques de Federico Garcia Lorca, Juan Goytisolo (El Show : magnifique), Pablo Neruda … En espagnol, en français. Que c’est beau l’espagnol. Et la poésie espagnole. Et la sensibilité espagnole. Mi hija ultima se llama Paloma. Tiene un año. Podéis leer Cancion para Paloma (voir rubrique « L’essentiel ») sur ce blog.
94 La Case de l’oncle Tom, H. Beecher-Stowe.
95 Les Confessions, JJ Rousseau. Ce que l’on a écrit de pire, ou presque. Obligation de lecture. Rejet total de l’écriture comme de l’histoire Un des sommets possibles pour dégoûter un lecteur de poursuivre son « vice impuni, la lecture » (Valérie Larbaud). A vous dévicier sur-le-champ.
96 Antigone, Sophocle. Théâtre complet. A condition de se laisser entrer.
97 Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas : mon père a lu ça, il connaît surtout ça, comme beaucoup de lecteurs, le XIXe siècle. Je n’ai certainement pas lu. Ce n’est pas ma tasse de thé, je suis poli ; les Œuvres de l’antépénultième siècle… Ah, lire Chateaubriand et mourir…
98 La Vie mode d’emploi, Perec. Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.
99 Les Misérables, Notre-Dame de Paris … Victor Hugo. Le remplaçant de Dieu.
100 La Bible : lue au catéchisme, puis relectures partielles : un mythe important, fondateur, recueilli il y a environ vingt siècles mais dont les lectures n’ont pas souvent ouvert à la paix. Quant à Dieu, il serait utile de penser enfin à neuf le Temps et notre place au monde…
Que ce soit le livre le plus aimé des Français (enquête Lire), c’est inquiétant. Pour un peu, on pourrait craindre que la lecture s’en arrête là, que le Livre soit jugé insurpassable…
Etant laïc, j’aurais pu citer d’autres romans de religion… Mais je suis également athée. Quoi qu’il en soit, il est des fâcheries ou des haines que je n’ai pas envie d’éveiller. Ma limite s’établit avant ce point.
*
… Et Les Cent de Babel apparaissent pour ce qu’ils sont : une incompréhension, une clôture douloureuse, un trou vide entre deux manques de livres sans existence, un moment de langue, une frustration qui ne sera jamais comblée. Les Cent de Babel sont une image de l’oubli, un appel à d’autres nuits.
Il reste la possibilité d’écrire. Et c’est un leurre pire encore : tout manque, rien ne parvient à se dire que quelques phrases, quelques mots. Aujourd’hui, ce n’est plus une douleur d’écrire, c’est du sang. C’est raté d’avance mais c’est pour cela que je continue d’écrire : j’espère et j’ai besoin.
Didier Guenardeau











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