Les Cent de Babel

Posted in Ecritures avec des tags , , , , , on 06/11/2009 by Didier Guenardeau

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A paraître prochainement :

© Au Soleil des Oudaïas, roman.

Extraits (sur le site)
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Les Cent de Babel

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Un sang de Babel


Deux années ont passé. Je reprends ma Babel des Cent. Cent livres qui m’ont poussé à écrire. En écho, l’enquête réalisée en 2004 pour le magazine Lire Lire 100 livres (vous la retrouverez dans le menu “Derniers articles”), mais surtout la revue lunotée de ma lectrice, Hélène Monnier, qui a grassé les titres en fonction de ses lectures réelles ou de ses souvenirs apeuprètistes. Pour voir ses lunotations de l’enquête sur son magnifique blog d’écritures du quotidien : http://www.animaregard.com/blog/?p=1247 (ou cherchez dans son blog son article du 8 octobre 2009 à 9:56, titre : Lire).

Cent livres donc, ou plutôt cent items ou auteurs. Ceux dont je ne peux me passer, avec lesquels j’écris, ceux qui m’ont ouvert à l’écriture. Quelques uns que je déteste, les frontières se marquent ainsi et illuminent les choix. On reste dans ce qu’il est mal convenu, et plus du tout convenu en fait, d’appeler “roman”, théâtre ou poésie. Rien des étages d’érudition de ma bibliothèque, rien des textes dits classiques, à bas tout cela : ici, la chair des choix, la vraie, celle qui appelle l’ogre. La chair sauvage des découvertes, non la transmission littéraire. Du moins ce que j’ai découvert un jour, sans qu’on me le souffle, au hasard, en levant la tête un jour de pluie, avec l’eau qui ruisselle sur le manteau, souvent devant une vitrine de librairie, dans une bibliothèque publique, au bord d’une étagère chez quelqu’un. Des fondations.

Le tout suit son rythme. Car des souvenirs, il en est de forts mais il en va comme de ma mémoire : un tissu inconscient dont j’écris, plein de trous. Mon étagère de Babel est un trou entre deux livres non mentionnés ici.

Ainsi va ma bibliothèque depuis vingt-deux ans. Si du moins j’arrête le temps au point qui a inauguré le seul roman que j’ai vraiment voulu écrire :  © Au Soleil des Oudaïas. Extraits sur le site. Ce point fut la rencontre d’Adrienne Fréjacques…

Concernant la liste, elle n’a aucun ordre qui dise une préférence : je conserve certains des livres mentionnés par Lire et lunotés par Hélène Monnier, j’ajoute les miens au gré des coups d’oeil partiels vers ma bien sobre bibliothèque. (Voyez celle d’Alberto Manguel, dont la lectrice est aujourd’hui son bouvier Bernois, la bienheureuse Lucie : http://www.actes-sud.fr/paris-premiere.php)

La liste est commentée. Il se peut que vous preniez plaisir à être comparatistes, des résultats d’un vote et des conservés à titres divers à cet étage de Babel. Il se peut que vous soyez ulcérés, ce serait adorable.

Ce qui compte, ce n’est pas la vue parcellaire d’une étagère babélienne conçue par Borges – parcellaire : un peu de ce qui a été écrit, rien de l’advenir à l’écriture  – mais d’avoir établi un relevé du plaisir et de la soif, ou du dégoût, ou des mièvreries, en quelques livres dont je n’imagine pas que la bibliothèque d’un lecteur puisse être dépourvue. Car dans une bibliothèque, on aime et on hait. Ainsi on aime mieux.

Ma bibliothèque compte quelques milliers de livres (roman, poésie, théâtre), des centaines de livres d’art, des BD, aussi des dictionnaires et des grammaires espagnoles.

Voici donc la liste de l’insatisfaction. Close, parvenu aux Cent, j’éprouve une douleur plus intense encore : ma mémoire s’est effacée – et je n’ai rien lu.

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Les Cent de Babel

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1 Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Sur mon bureau d’écriture. Gigantesque, insurpassable.

2 Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez. Immense. Sur mon bureau d’écrivain.

3 Au-dessous du volcan, Malcolm Lowry. Gigantesque roman. Peut-on vivre sans l’avoir lu ? Ce sommet n’est pas dans la liste des 100 de Lire. Que des lecteurs ont-ils donc lu, je l’ignore. Comment peut-on même dire que l’on a lu, sans être entré dans cette écriture et dans ce monde ? Sur mon bureau d’écriture.

4 Montedidio, Erri de Luca. Sur mon bureau d’écriture. J’écris avec lui, et avec ce livre.

5 Les Indes Galandes, Roger Nimier. Sur mon bureau d’écriture. Il m’a appris à écrire.

6 Trois chevaux, Erri de Luca. Sur mon bureau d’écriture.

7 Le Contraire de un, Erri de Luca. Très bien, mais ce sont d’abord des écrits politiques.

8 Les Champs d’honneur, Jean Rouaud. Sur mon bureau d’écriture. Une simplicité tenue et une véritable puissance d’écriture. J’aurais aimé avoir écrit ce roman : avoir vécu cette écriture, avoir imaginé ce narrateur et cette histoire. Un cadeau de pluie, de grenier, de ma grand-mère, la beauté du XXe s. et des gens « simples ». Un nouveau Pagnol ?…

9 Requiem, Antonio Tabucchi : sur mon bureau d’écriture, sans cesse, dans l’édition réalisée par Christian Bourgois, qui n’a hélas pas de successeur digne de ses découvertes et personne ayant sa chaleur… Je conserve ses courriers reçus. J’écris avec Antonio Tabucchi, particulièrement avec ce livre que j’aurais aimé avoir écrit.

10 Michel Tournier. Le Roi des aulnes, Vendredi ou les Limbes du Pacifique… J’ai à peu près tout lu. Il m’a appris à écrire, surtout à entrer dans la lecture ; puis je m’en suis détourné. Nous nous sommes rencontrés. Je conserve une lettre magnifique de lui, au temps où je commençais à écrire : je n’avais pas aimé son Médianoche amoureux, il m’avait répondu qu’il n’avait jamais dit à Marguerite Yourcenar qu’il n’aimait de son œuvre que Les Mémoires d’Adrien (qui me reste à lire). Sur mon bureau d’écriture.

11 La gloire de mon père, Marcel Pagnol (ado, adoré, ça tient chaud : lu la tétralogie).

12 Fictions, Le Livre de sable, Le Rapport de Brodie …, Borges. Ces nouvelles ne sont pas surpassées…

13 Antonio Tabucchi (suite). C’est avec Christian Bourgois que j’ai découvert Antonio Tabucchi, le mois même de la publication de la première traduction qu’il a donnée : Nocturne indien, en avril 1987. En août, je rencontrais Adrienne Fréjacques, à l’origine de © Au Soleil des Oudaïas.

Tous sont sur mon bureau d’écriture :

Nocturne indien

Piazza d’Italia

Le Jeu de l’envers

Femme de Porto Pim et autres histoires

Petits malentendus sans importance (notamment « Iles »)

Le Fil de l’horizon

Le Petit navire

Une malle pleine de gens

L’Ange noir

La Nostalgie du possible … Lire la bibliographie de Antonio Tabucchi.

14 Philippe Djian : Bleu comme l’enfer et beaucoup de ses livres ; je n’écris pas du tout comme lui, et je suis bien dans ses ambiances. Est-ce dans Echine que le narrateur construit un escalier menant de sa maison à la plage ? J’aimerais vendre mes livres pour m’offrir une maison et avoir un escalier à construire pour descendre à la plage.

15 Le Parti pris des choses, Francis Ponge. Lu et relu, un bijou de poésie en prose.

16 Agatha Christie : plusieurs, ado, je ne me rappelle pas des titres lus. Ma fille Laodicée a lu la moitié de son oeuvre.

17 Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry. Pilote de guerre, Vol de nuit et ainsi de suite. Un ami qui écrit. Des nuits de lecture près de lui.

18 Les albums de Tintin, Hergé. Oui, tous lus et adorés. Mais la querelle demeure : est-ce bien de la littérature ? … Ce qui est un peu triste, c’est de découvrir adulte la vision culturelle du monde de Tintin … Et l’empire de la société Moulinsart, peu amène … L’innocence tombe. Ingrid Bergman a dit : « Le bonheur, c’est une bonne santé et une mauvaise mémoire ». Elle également dit : « Je n’aurais pas vécu ma vie ainsi si je m’étais souciée de ce que disent les gens »…

18 bis Les albums de Lucky Lucke. Tout.

18 ter Les albums d’ Astérix. Tout.

La BD n’est pas un genre mineur. Elle construit à partir des images et des récits tronqués, des films de l’esprit. Lu beaucoup de BD jusqu’à 30 ans.

19 Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell. J’ai peut-être bien vu le film, mais dire que je l’ai lu, non, ce serait faux. A voir quand j’aurai le temps de pleurer.

20 Madame Bovary, Flaubert. Trois contes. Lu et vu, contraint au début, pas si mal en fait. Le rythme ternaire de ses phrases, les clausules de nombreux paragraphes. Mais le XIXe s., je ne m’y éternise pas, je n’ai guère envie d’en parler. J’ai autre chose à lire, à écrire.

21 Ulysse, James Joyce. Dans mes débuts d’écrivain, je l’ai imité. C’est devenu insupportable, proprement.

22 Dictionnaires Le Robert, le Larousse illustré (plusieurs éditions, parcourant la fin du XIXe s. et le XXe s., à comparer), le Grand Larousse, Littré (un peu), Furetière (un peu), TLF, j’en passe… : le Petit et le Grand Robert de la langue française, le Robert historique de la langue française… Depuis que j’ai 10 ans, page après page j’ai lu les dictionnaires, mais on en saute des pages, on ne sait à peu près rien, donc. On entre par un mot, puis il en faut un autre, qu’on ne connaît pas tant que ça, ou pas du tout .. mais l’oeil s’égare … une ligne plus bas … la page suivante… une idée, tiens ! Et ça fait deux heures, trois heures, une demie nuit qu’on arpente le dictionnaire. Ils sont sur mon bureau.

Ce sont des romans, à la lettre : un dictionnaire est un roman de la langue ; et la langue, un roman à elle seule. J’ai failli écrire : la langue est un roman à soi seul. – Tu parles comme un roman, me disait mon père.

” Tu es un ogre, me disait parfois Rachel.”  (Le Roi des Aulnes).

23 Mythologies, Roland Barthes. Sans commentaire. La langue est pure, et les idées.

24 Moderato cantabile, Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras. L’écriture elle-même. Et bien d’autres romans.

25 La Chasse au lézard, William Boyd. Relu des dizaines de fois. Il a inspiré certaines de mes nouvelles. Sur mon bureau. Lisez « Ma petite amie aux jeans étroits ».

26 Zazie, Le Dimanche de la vie, Un rude hiver, Journaux, Raymond Queneau. L’oeuvre romanesque entière. Je n’aime guère sa poésie ni son théâtre. C’est ma thèse, je n’ai plus d’opinion, j’ai vécu avec lui.

Il en manque ici, des journaux d’écrivain, à citer…

27 L’Etranger, Albert Camus. Lu à 16 ans exactement, cinq fois de suite dans l’année. Avec lui, et avec ce roman, je me suis dit que je deviendrai écrivain. Pourquoi, je ne le savais pas. Je ne le sais toujours pas. Je n’ai jamais eu envie d’écrire comme lui. Mais il était dans le ventre et au soleil et de l’autre côté de la Méditerranée, il m’a parlé de ce que j’avais vécu. J’ai vécu au Maroc. C’était un homme, un père, Camus : c’est moi. Je le connais pourtant plutôt mal, à la réflexion…

La Peste, Le Mythe de Sisyphe … Pour compléter la bibliographie de Camus, elle se trouve facilement, partout.

28 Dune, Frank Herbert. Vu le film, jamais lu, j’ai oublié l’histoire mais je crois que c’était fort.

29 Le Livre de l’intranquillité, Fernando Pessoa. Sur mon bureau. Je finirai probablement par écrire comme lui. C’est une relation silencieuse à deux d’écritures, extrêmement intérieure et dont je ne peux parler.

30 Après-midi d’un écrivain, Peter Handke. Très fortes lectures. La courte lettre pour un long adieu.

31 L’écume des jours, Boris Vian et autres oeuvres. Oui. Mais à réfléchir, je l’ai bien oublié. J’aime le jazzman. Il nous parlait bien, ados. Cracher sur les tombes…

32 Paroles, Jacques Prévert. Certainement. Le bruit de l’oeuf qu’on casse peut-il être oublié, d’avoir été écrit ?

33 L’alchimiste, Paulo Coelho. Ben… à vrai dire, j’ai commencé. C’est un de ces auteurs que j’aime bien mais qu’en vérité je n’ai pas tant lu que ça. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Vous non plus, c’est assez souvent ainsi, avec certains auteurs : une proximité, un plaisir, mais à les interroger, on se sent vite pris en défaut de preuve.

34 Fables, Jean de La Fontaine. D’ailleurs, a-t-on besoin de préciser l’auteur ? Lu, relu ; récitées. Elles coulent bien, n’est-ce pas ?

35 Le parfum, de Patrick Süskind. Il me reste à lire. Même remarque que pour Coelho.

36 Les Fleurs du mal, Baudelaire. Lu exactement après le Bac ; oui, impasse, je détestais les « classiques » imposés de l’école. Puis j’ai eu une vague amoureuse, et un vague à l’âme d’écriture et de fille, et en une nuit, d’un coup, hop, je l’ai lu. J’ai adoré. J’ai relu. J’ai un peu oublié, mais je relis parfois. En tout cas, ça reste.

37 Vipère au poing, d’Hervé Bazin. Rage d’ado. Mais j’ai oublié le livre.

38 Belle du seigneur, d’Albert Cohen. Les premières pages et d’autres. Ce sont mes yeux qui fatiguent, pour ce folio n° 3039, le plus épais de tous, 1110 pages. Mais il est là, je le lirai. Pour ce livre, j’ai honte de ne l’avoir pas encore lu. Quelqu’un veut-il venir me le lire ?

39 Le Salaire de la peur, Georges Arnaud. Lu et relu. D’une traite, en haleine.

40 Huis clos, Les Mouches, Jean-Paul Sartre. D’autres livres. Oui, j’en ai lu, pas mal. Jeune. Je l’ai entièrement oublié…

41 Candide, Zadig, Voltaire. Il faut bien trier. Les Contes et nouvelles. Ah, bon sang, on était copain avec Voltaire ! Il faudra y revenir. Pourquoi est-ce que je ne le lis plus ? … J’écris, je suis ailleurs. Je travaille. Voilà tout.

42 Les Lettres persanes, Montesquieu. Voir de loin et critiquer la Cour. Peut-on encore le faire aujourd’hui ?… Le faisons-nous ?

43 Les lettres de mon moulin, Alphonse Daudet. Evidemment ! Ma mère a dû me les lire. Du rêve.

44 Ivre du vin perdu, Mes amours décomposées, Douze poèmes pour Francesca, Gabriel Matzneff. J’ai été pris entièrement dans ces lectures. Il est trop peu connu. J’ai été amoureux de Francesca.

45 Le Désert des Tartares, Dino Buzzati.

46 Les Malheurs de Sophie, comtesse de Ségur. Ah, ce que ça peut être ennuyeux, l’éducation… Ai-je vraiment lu cela ?…

47 Le Tour du monde en 80 jours, Vingt mille lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre, Jules Verne. J’ai lu ça de nuit, ado, j’ai adoré. Mais l’histoire, pas l’écriture. Enfant, j’adorais les histoires. Enfant… Des découvertes de ce qu’était un roman, à cet âge. Ce n’est pas l’avis de mon ami Philippe Scheinhart… qui a fait sa thèse sur Verne.

48 Bérénice, Phèdre, Racine. Vous vous rappelez ? c’est une pièce de théâtre. J’ai lu ça à 14 ou 15 ans. C’est pour les ados, Racine ? Racine a écrit pour être lu au lycée ? Qui le lit encore, au-delà de l’école, des profs (contraints…), de quelques amoureux du passé ?… On ne peut pas le récrire, Racine ? Ah, la langue de Racine… La poésie. Elle sonne, c’est du rythme. Mais enfin, aujourd’hui, quand le lire ? Quel rapport avec notre environnement de pensée ? Combien de Racine Molière Corneille sur les tables de nuit, fin 2009 ?

49 La Condition humaine, d’André Malraux. Mon père m’en avait parlé.

50 Les Rougon-Macquart, Zola. Ils sont bêtes, les enquêteurs de l’enquête de 2004, et les lecteurs enquêtés : – Hep, le « titre »… c’est l’ensemble de l’oeuvre… Faudrait savoir si vous n’avez lu QUE Germinal ou si vous avez lu TOUS les romans des Rougon. Vous l’avez lu, Zola, vrai ? Vrai… ? Voir la liste de Lire. J’en ai quelques uns.

51 Jour de silence à Tanger, Tahar ben Jelloun. Connaissez-vous ce court roman ?

52 Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand. Oui, oui… on a lu. Ce que c’est c… à lire… Par contre, entendre Gérard Depardieu, alors là, oui !

53 Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë. Pas le temps de pleurer, et ainsi de suite pour les romans haut le coeur. C’est rien, c’est facile, c’est de la soupe.

54 Une histoire de la lecture, Alberto Manguel. C’est vraiment prenant… A tel point que ma Lectrice, Hélène Monnier – cherchant quel cadeau emporter de ma bibliothèque, que je voulais lui offrir par amour et pour la remercier de son travail permanent à mes côtés pendant l’écriture de Palabres exotiques, devenu Au Soleil des Oudaïas – me l’a pris, hop, dans son sac. Quatre ans plus tard, elle me le rapporte, c’était début septembre 2009… Est-ce que vous avez déjà vu cela, que l’on rapporte un cadeau offert ? Elle n’osait pas le garder ! J’ai avalé ma langue, et je lui ai dit : – Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Hélène ?!… Elle n’a rien répondu, car elle n’avait aucune idée. Elle est donc repartie avec. – Non mais. Je l’ai lu, et c’est un cadeau … Comme vous en aurez jugé, elle sait que mes livres, la nuit, me parlent. J’entends leur voix. – Mais ils peuvent très bien me parler de loin, Hélène. Il ne me manque pas, tu es avec lui et je vous entends.

55 Les Raisins de la colère, John Steinbeck. Tortillat flat, Rue de la Sardine, Des souris et des hommes, Les naufragés de l’autocar … et patin-couffin. Ah que c’était bon de lire Steinbeck toute la nuit. Pourquoi n’a-t-il pas écrit plus ? Il a oublié les jeunes dévorants. A relire.

56 La possibilité d’une île, Michel Houellebecq. C’est un roman immense. Les cinquante dernières pages exactement sont un sommet de l’art romanesque. Si j’avais plus de force et de culture, j’écrirais dans ce sens. Mais il écrit déjà, c’est fait. Les Particules élémentaires, Plateforme. Liste non close. – N’est pas sur mon bureau, car je me tiens à mon écriture, mais… je pourrais m’énerver et m’y mettre.

57 Lettres de Tanger à Allen Ginsberg, William S. Burroughs. Lu à Zurich, avec des notes prises dans un bar où j’étais assis en face d’une très belle femme. Tout y était fermé, raide et privé. L’ennui suisse.

58 Venus erotica, Les Petits oiseaux, Anaïs Nin. Un temps, on croit que ça ne se lit que d’une main (hommes et femmes). Puis on change rapidement d’avis, on reprend le livre à deux mains. Le monde des fantasmes est d’une puissance inégalée, celui de l’érotisme, et il faut avoir lu, beaucoup, avant de jouir et du plaisir et de la mort.

59 Les Sirènes, Arturo Loria.

60 Journées de lecture, Roger Nimier. Magnifique critique.

61 La Divine Comédie, Dante. J’ai (eu) le projet de la récrire. C’est déjà fait au théâtre.

62 Petite chronique des gens de la nuit dans un port de l’Atlantique Nord, Philippe S. Hadengue. Peintre, d’abord. J’ai dévoré ce livre.

63 Les Belles, Giuseppe Antonio Borgese.

64 Contes pervers, Régine Desforges.

65 Eloge de l’ombre, Junichiro Tanizaki. Traité magnifique d’esthétique japonaise, dont l’écriture est des plus sobres.

66 La Sauvage, Jean Anouilh. J’ai voulu la mettre en scène.

67 Le Cimetière marin, Paul Valéry. Une interrogation permanente sur la signification du poème. Un art exceptionnel du rythme et des visions. Relus combien de fois ?

68 Robinson Crusoé, Daniel Defoe.

69 Salut, Mallarmé. Six mois d’analyse pour comprendre ce poème unique.

70 La Vie devant soi, Romain Gary. Pour l’histoire du petit Momo.

71 Plein de vie, Demande à la poussière, John Fante. L’univers de Fante, qui donnait envie d’aller sentir les Etats-Unis.

72 Croc-Blanc, Jack London. Lu jeune. Une des lectures romanesques de mon père. Aucun souvenir.

73 Moon Palace, Paul Auster. Pour l’histoire.

74 L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera. Lu, et vu.

75 L’Oeuvre poétique, Léopold Sédar Senghor. Pour la musicalité et le rythme du vers, uniques.

76 Poésies, Rimbaud. Tout de même.

77 Chansons, Georges Brassens. Univers de culture.

78 Ballade des pendus, Villon. Je trouve cette ballade magnifique.

79 Thomas l’imposteur, Orphée, Les Enfants terribles, Les Parents terribles, La Machine infernale, Poésies, La Belle et la Bête, Cocteau. Par exemple. Un ami, parce qu’il écrivait près.
J’ajoute : j’ai vu Orfeu Negro : magnifique.

80 Gargantua, Rabelais. A condition de suivre mais il existe d’excellentes traductions. Patrimoine.

81 Oraisons funèbres, Bossuet. Il me faut les relire.

82 Lorelei, Genevoix. Emprunté à terme définitif sur une étagère, dans un stage de peinture. Dans la même semaine de lecture, j’ai aimé une femme, elle me connaît encore. Alors… dites-moi, pourquoi aime-t-on certains livres ?

83 Le Vieil Homme et la mer, Ernest Hemingway. Je crois l’avoir lu.

84 Le Vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda. Voir l’écho proposé au Voyage au bout de la nuit (sur ce blog).

85 L’Odyssée, Homère. Puisque j’ai mis la Bible (n° 100), il convenait de citer L’Odyssée.

86 Les Essais, Montaigne. L’idée des couches d’écriture me retient bien plus que je ne le crois. Invention exceptionnelle.

87 Les Métamorphoses, Ovide.

88 Anthologie de la poésie baroque française, établie par Jean Rousset. Je suis tellement loin de cette société de pensée et de son temps, que j’y suis bien. Mais est-ce bien vrai que j’en sois si éloigné ? Connaissez-vous la musique baroque ?

89 Les cavaliers, Joseph Kessel.

90 Don Quichotte, Nouvelles exemplaires, Cervantes.

91 Histoire d’O, Pauline Réage (… ?). Vous osez entrer dans ce fantasme ? Racontez-moi.

92 San Antonio. Enormément de livres. Je n’ai jamais eu autant mal au ventre qu’en le lisant, essentiellement avant 15 ans. Mort de rire. Et un grand écrivain, Frédéric Dard. J’ajoute ici Simenon.

93 Oeuvres poétiques de Federico Garcia Lorca, Juan Goytisolo (El Show : magnifique), Pablo Neruda … En espagnol, en français. Que c’est beau l’espagnol. Et la poésie espagnole. Et la sensibilité espagnole. Mi hija ultima se llama Paloma. Tiene un año. Podéis leer Cancion para Paloma (voir rubrique « L’essentiel ») sur ce blog.

94 La Case de l’oncle Tom, H. Beecher-Stowe.

95 Les Confessions, JJ Rousseau. Ce que l’on a écrit de pire, ou presque. Obligation de lecture. Rejet total de l’écriture comme de l’histoire Un des sommets possibles pour dégoûter un lecteur de poursuivre son « vice impuni, la lecture » (Valérie Larbaud). A vous dévicier sur-le-champ.

96 Antigone, Sophocle. Théâtre complet. A condition de se laisser entrer.

97 Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas : mon père a lu ça, il connaît surtout ça, comme beaucoup de lecteurs, le XIXe siècle. Je n’ai certainement pas lu. Ce n’est pas ma tasse de thé, je suis poli ; les Œuvres de l’antépénultième siècle… Ah, lire Chateaubriand et mourir…

98 La Vie mode d’emploi, Perec. Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.

99 Les Misérables, Notre-Dame de Paris … Victor Hugo. Le remplaçant de Dieu.

100 La Bible : lue au catéchisme, puis relectures partielles : un mythe important, fondateur, recueilli il y a environ vingt siècles mais dont les lectures n’ont pas souvent ouvert à la paix. Quant à Dieu, il serait utile de penser enfin à neuf le Temps et notre place au monde…

Que ce soit le livre le plus aimé des Français (enquête Lire), c’est inquiétant. Pour un peu, on pourrait craindre que la lecture s’en arrête là, que le Livre soit jugé insurpassable…

Etant laïc, j’aurais pu citer d’autres romans de religion… Mais je suis également athée. Quoi qu’il en soit, il est des fâcheries ou des haines que je n’ai pas envie d’éveiller. Ma limite s’établit avant ce point.

*

… Et Les Cent de Babel apparaissent pour ce qu’ils sont : une incompréhension, une clôture douloureuse, un trou vide entre deux manques de livres sans existence, un moment de langue, une frustration qui ne sera jamais comblée. Les Cent de Babel sont une image de l’oubli, un appel à d’autres nuits.

Il reste la possibilité d’écrire. Et c’est un leurre pire encore : tout manque, rien ne parvient à se dire que quelques phrases, quelques mots. Aujourd’hui, ce n’est plus une douleur d’écrire, c’est du sang. C’est raté d’avance mais c’est pour cela que je continue d’écrire : j’espère et j’ai besoin.

Didier Guenardeau


Magazine Lire : les 100 livres des Français

Posted in Uncategorized on 01/11/2009 by Didier Guenardeau

Les 100 livres préférés des Français

A comparer au Cent de Babel, publié ce 05 11 2009
sur ce site (voir menu “Derniers articles”)

Lire, octobre 2004

Pour prendre connaissance de l’article consacré par le magazine Lire au sondage Sofres pour la SNCF et Lire : http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=47403

lecteur

1 La Bible

2 Les misérables de Victor Hugo

3 Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry

4 Germinal d’Emile Zola

5 Le seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien

6 Le rouge et le noir de Stendhal

7 Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier

8 Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne

9 Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody

10 Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas

11 La gloire de mon père de Marcel Pagnol

12 Le journal d’Anne Frank d’Anne Frank

13 La bicyclette bleue de Régine Deforges

14 La nuit des temps de René Barjavel

15 Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen Mc Cullough

16 Dix petits nègres d’Agatha Christie

17 Sans famille d’Hector Malot

18 Les albums de Tintin de Hergé

19 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

20 L’assommoir d’Emile Zola

21 Jane Eyre de Charlotte Brontë

22 Dictionnaires Petit Robert, Larousse, etc.

23 Au nom de tous les miens de Martin Gray

24 Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas

25 La cité de la joie de Dominique Lapierre

26 Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

27 La peste d’Albert Camus

28 Dune de Frank Herbert

29 L’herbe bleue Anonyme

30 L’étranger d’Albert Camus

31 L’écume des jours de Boris Vian

32 Paroles de Jacques Prévert

33 L’alchimiste de Paulo Coelho

34 Les fables de Jean de La Fontaine

35 Le parfum de Patrick Süskind

36 Les fleurs du mal de Charles Baudelaire

37 Vipère au poing d’Hervé Bazin

38 Belle du seigneur d’Albert Cohen

39 Le lion de Joseph Kessel

40 Huis clos de Jean-Paul Sartre

41 Candide de Voltaire

42 Antigone de Jean Anouilh

43 Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet

44 Premier de cordée de Roger Frison-Roche

45 Si c’est un homme de Primo Levi

46 Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur

47 Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne

48 Les fourmis de Bernard Werber

49 La condition humaine d’André Malraux

50 Les Rougon-Macquart d’Emile Zola

51 Les rois maudits de Maurice Druon

52 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

53 Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë

54 Madame Bovary de Gustave Flaubert

55 Les raisins de la colère de John Steinbeck

56 Le château de ma mère de Marcel Pagnol

57 Voyage au centre de la Terre de Jules Verne

58 La mère de Pearl Buck

59 Le pull-over rouge de Gilles Perrault

60 Mémoires de guerre de Charles de Gaulle

61 Des grives aux loups de Claude Michelet

62 Le fléau de Stephen King

63 Nana d’Emile Zola

64 Les petites filles modèles de la comtesse de Ségur

65 Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway

66 Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez

67 Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt

68 Robinson Crusoé de Daniel Defoe

69 L’île mystérieuse de Jules Verne

70 La chartreuse de Parme de Stendhal

71 1984 de George Orwell

72 Croc-Blanc de Jack London

73 Regain de Jean Giono

74 Notre-Dame de Paris de Victor Hugo

75 Et si c’était vrai de Marc Levy

76 Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline

77 Racines d’Alex Haley

78 Le père Goriot d’Honoré de Balzac

79 Au bonheur des dames d’Emile Zola

80 La terre d’Emile Zola

81 La nausée de Jean-Paul Sartre

82 Fondation d’Isaac Asimov

83 Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway

84 Louisiane de Maurice Denuzière

85 Bonjour tristesse de Françoise Sagan

86 Le club des cinq d’Enid Blyton

87 Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buck

88 Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir

89 Les cavaliers de Joseph Kessel

90 Jalna de Mazo de la Roche

91 J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian

92 Bel-Ami de Guy de Maupassant

93 Un sac de billes de Joseph Joffo

94 Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne

95 Le désert des Tartares de Dino Buzzati

96 Les enfants de la terre de Jean M. Auel

97 La 25e heure de Virgil Gheorghiu

98 La case de l’oncle Tom de H. Beecher-Stowe

99 Les Thibault de Roger Martin du Gard

100 Le silence de la mer de Vercors

Vendeur d’oranges

Posted in Ecritures avec des tags , on 01/11/2009 by Didier Guenardeau

vendeur d'orangesLa fierté des hommes :
vendre ce que l’on a, comme on le peut

Je voudrais devenir vendeur d’oranges. Un métier simple et utile, au milieu des étales de la médina de Rabat, je pourrais parler avec mes amis et les entendre. Je gagnerais mon petit pécule, ce qui serait mieux que la pauvreté que je connais.

Ecrire, c’est chaque jour… On ne compte pas.

Jouissez de mes textes si vous les lisez. L’un sera peut-être publié prochainement. Mais si vous souhaitez éditer le roman © Au Soleil des Oudaïas, il suffit de laisser un message ici pour recevoir le manuscrit, puis de m’appeler.

Il faut faire vite…

Murano Noël

Posted in Uncategorized on 27/10/2009 by Didier Guenardeau

boule-verre-murano

 

 

Manuscrits

Posted in Roman on 16/10/2009 by Didier Guenardeau

Quelques uns des dossiers manuscrits de © Au Soleil des Oudaïas

© Didier Guenardeau 1987-2009

Manuscrits de Au Soleil des Oudaïas

© Au Soleil des Oudaïas [Fin]

Posted in Roman on 13/10/2009 by Didier Guenardeau

© Au Soleil des Oudaïas

Didier Guenardeau

[Fin]

_______________________

Alors la salle d’attente de l’aéroport de Rabat. Les passagers bien habillés, ce n’est jamais une habitude de voyager en avion, demander autorisation pour visiter famille France, obtenir garanties feuilles paie et compte banque, fournir adresse arrivée nom et statut du visité. Puis, là bas, espoir carte de séjour, on ne recueille qu’intellectuels et travailleurs calibrés, pour main d’œuvre avoir contrat, sinon hop, retour bled. Mais la salle d’attente, les banquettes et les bagages, les avions, deux en piste, l’un est pour Paris. J’aperçois les orangers de l’aéroport, je n’ai pas écrit cette longue lettre des Oudaïas, celle que j’aurais aimé t’écrire, tranquillement, en parlant sans fin tant j’éprouvais le désir de t’écrire. Mais je quitte le soleil des Oudaïas, je serre ma femme en ébène, on attend le décollage que l’avion il ferme sa porte, ah oui, il le faut, je laisse ma maison à Samah – que tout demeure.

Je rejoins la piste d’envol – blanchir encore de bleu les Oudaïas, ma petite terrasse s’éloigne, la médina, les épices, le martèlement des cuivres, le suif des tapis – et puis l’odeur des sardines que l’on grille pour manger, ce n’est pas cher les sardines et c’est bon, ça nourrit, le temps du Bois de mimosas après l’école, le silence de l’encre … Alors je monte les marches, j’entre dans l’avion, s’asseoir, oui, car ça va pousser, juste après le ferme arrêt qui augure et salue la piste d’envol, l’arrêt du fauve avant l’attaque, le silence des fauves, et tout d’un coup le décollage, l’avion souffle immobile de puissance, je crois même qu’on peut dire qu’il pousse déjà fort, comme d’une puissance nerveuse de ses cuisses au moment de la détente, et de plus en plus fort, alors il rugit dans une folie d’arrachement à sa terre, décidé comme le regard fixe et clair du lion, anesthésiant, porté loin sur l’horizon impeccable de sa proie, ça y est, il saute, oui, rugissant de griffes vers le ciel dans un hurlement effrayant, vainqueur contre la réussite de l’aigle – ah, sauter vers sa proie demande plus d’efforts que de plonger sur elle – alors la réussite du saut, dans ces conditions de temps et de préparation, est d’une force qui vous emporte le monde dans l’acceptation de la dévoration, après viendra l’apaisement, après l’amour. Et puis c’est la terre ferme que l’on quitte, atteindre l’océan, l’Océan Atlantique, lentement l’avion vire sur son aile gauche, il s’appuie d’air, d’une poussée de réacteur précise et souple, je crois qu’il caresse l’air au-dessus de la mer, ensuite il s’appuie sur son aile droite, oui, il fend vers son but. Alors c’est ainsi et adieu, tout mélangés la mer et le ciel, la terre fait un souvenir au pas de l’amour, et je ne sais plus si c’était des larmes ou un désir impossible, mais sur ma petite terrasse des Oudaïas, je t’aime encore. Et dans le ciel, si haut, c’est le soleil éternel du début à la fin de la journée, tous les jours, depuis le début du monde. Connaissez les désirs dans la folie tourbillonnante des vents d’altitude, oh ce vent qui nous repousse maintenant, à dix mille mètres, qui dévie l’avion de sa trajectoire dans une amorce de looping horizontal, le repos du lion qui cède avant de reprendre, alors le vent le pousse un peu vers l’Ouest, oh tout ça pour vous dire combien sont rêves les nuits d’amour, et maintenant vers le Sud, vers ma petite terrasse des Oudaïas, puis ça pousse à l’Est, un quart de tour encore et l’avion peut enfin rugir vers sa fin du Nord, de toute sa voix d’avion, avec la gueule du lion et la volonté de l’éléphant – mais est-ce que ça retournerait encore, je me demandais cela cependant que les ailes demeuraient longues dans le silence du ciel, allez, espérer la réussite de l’albatros, comme un voyage réel vers l’infini qui veille, car il veille lui, et toi aussi, viens, que j’aime, toi mon soleil des Oudaïas, prenons le thé et qu’il en soit ainsi, parce qu’enfin je me suis souvenu, comment aurais-je pu éviter de me souvenir, j’ai résisté longtemps et je t’écris en retard quand tout est fini, alors viens, Ô mon amour, viens dans une nuit de voix près des étoiles, je t’offrirai ma petite terrasse des Oudaïas – car oui, demain, je crois que demain ce sera encore soleil.

© Didier Guenardeau

Voyage au Maroc [extrait du roman]

Posted in Ecritures on 12/10/2009 by Didier Guenardeau

Didier Guenardeau

© Au Soleil des Oudaïas


II

Vous connaissez le Maroc : un pays de soleil, de vacances. Bien des choix sont possibles. Un circuit de huit jours dans la vallée du Drâa pour voir les roses et les ksour. Un séjour de sept jours à Marrakech : la place Jemâa-El-Fna. Louer six jours à Essaouira, sur les rochers, face à la mer, ne rien faire. Pour les hommes seuls et pressés, s’arracher cinq jours à Agadir : espérer une fille, bouffer, faire du surf. Ou bien une visite époustouflante de quatre jours, les villes impériales : Rabat, Meknès, Fès, foncer sur Marrakech. Tous sont attrayants. Si vous possédez moins le temps, je veux dire si vous en êtes sujet, échappez-vous trois jours dans le sable : le Sahara occidental. Prévoir de l’eau, de l’huile, s’enduire les deux faces. Au travers des vitres du car qui vous conduit, à gauche en descendant, you can see on picture one l’Algérie ; en bas, on picture two, la Mauritanie. Politiquement, la question du Sahara dans lequel vous bronzez… : laisser tomber. Aussi, grâce aux agences de voyages, il vous sera loisible d’opter préférentiellement pour deux jours à Tanger : un week-end rapide. Investissez, c’est un grand port d’avenir.

Mais enfin, peut-être vous arrêterez-vous un jour à Rabat : son Café Maure, le jardin des Oudaïas, la Tour Hassan. Tout est beau ici, il fait toujours chaud, à la nuit tombée vous dînerez dans un riad, loin de l’agitation de la médina et de ses mendiants, noyés sous une pluie chaude de verdure et de fleurs, au cœur d’une authentique cité-jardin, ainsi que la concevait le Maréchal Lyautey. [...]

Voyage au bout de la nuit

Posted in professeur de lettres avec des tags on 12/10/2009 by Didier Guenardeau

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline

A propos du chapitre sur l’Afrique

Céline ouvre dans ce chapitre (II) une critique de la vision coloniale française dominante et construit un parcours initiatique (celui de Ferdinand Bardamu). Les descriptions, incidemment colorées, pourraient être mises en écho avec certains tableaux du Douanier Rousseau, ou évoquer (ultérieurement) la luxuriance longue, indéfinissable du roman de Luis Sépulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour. Dans ce cadre, la vision d’un paradis perdu et rendu exotique, les relations avec les indigènes, la critique d’une guerre exportée (la hiérarchie militaire coloniale) renvoient à une sexualité symbolique essentielle, primitive. Ce séjour en Afrique est un moment moite d’attente, suivant les champs de guerre et le front franco-allemand de la guerre de 14-18 (premier chapitre) et s’avère peut-être le plus symptomatique. En effet, les descriptions de la nuit tropicale s’auréolent de la matière humaine qu’elles viennent dire, et les couchers de soleil peuvent être lus comme ceux de l’humanité. L’inquiétude des nuits tropicales, de ses dangers et de ses cris sauvages s’oppose à la noirceur des nuits répétées sans espoir de la banlieue parisienne – et ces nuits chaudes et huileuses des forêts dans leur unique inespérance trouble, désirable comme une répugnance de mort, signe une vision « d’après l’amour » dans un bouge glauque. Tout ce qui se couche dans ce roman semble dire un abandon et se prépare à sa propre fin, éternellement reportée, dans l’endurance, malgré tout. On assiste ainsi à une dénonciation toujours trouble des âmes elles-mêmes troubles : en Europe, aux colonies… L’exotisme de ce passage sur l’Afrique peut se lire comme un exotisme à soi-même, et interroge avec violence l’initiation de l’homme jeune, Bardamu : une inespérance des vingt ans. L’ennui et les peurs vaincues retiennent alors la mise en abyme ultime des assassinats dont Bardamu a été témoin sur le front, et dont la sexualité putassière, vue et jamais voyeuse, toujours espérée, donne l’avant-goût d’une apologie de la mort pure.

Didier Guenardeau

Queneau à la SGDL

Posted in professeur de lettres avec des tags on 04/10/2009 by Didier Guenardeau

04 10 2009

Thèse : Raymond Queneau et les problèmes du descriptif.

J’y repense.

————————–

Fin du colloque dirigé par Daniel Delbreil et Jean-Pierre Martin “Le roman de Zazie et le roman”, qui s’est tenu à la SGDL ces 2 et 3 octobre, clos comme il se doit par une brouchtoucaille.

” Prenez choux, artichauts, épinards, aubergines, laitues, champignons, potirons, cornichons, betteraves, raves, chou-raves, tomates, patates, dattes, céleris, radis, salsifis, fèves, oignons, lentilles, épis de maïs et noix de coco ; épluchez, pelez, nettoyez, lavez, coupez, hachez, concassez, triturez, tamisez, étuvez, égouttez, passez, balayez, ramassez, délayez, sublimez, concrétisez, arrangez, disposez et cuisez partie à l’eau, partie à l’huile d’olive, partie à l’huile de noix, partie à la graisse de bœuf, partie à la graisse d’oie. Prenez d’autre part des animaux vivants, mammifères mâles et volatiles du sexe faible. Égorgez-les, écorchez-les, découpez-les, sectionnez-les, débitez-les, embrochez-les, et rôtissez-les. Dans un grand chaudron préparez une sauce avec huile, ail, vinaigre, moutardes diverses, jaunes d’œufs, fine champagne, poivre, sel, piments, safran, cumin, girofle, thym, laurier, cari et paprika. Touillez et ratatouillez et lorsque l’heure sera venue, servez dans le grand plat ancestral que vous aurez eu soin de ne pas laver depuis la dernière fête. ”

Saint-Glinglin, Raymond Queneau

 

Prenezchoux,artichauts,épinards,aubergines,laitues,champignons,potirons,cornichons,betteraves,raves,chouraves,tomates,patates,dattes,céleris,radis,salsifis,fèves,oignons,lentilles,épisdemaïsetnoixdecoco;épluchez,pelez,nettoyez,lavez,coupez,hachez,concassez,triturez,tamisez,étuvez,égouttez,passez,balayez,ramassez,délayez,sublimez,concrétisez,arrangez,disposezetcuisezpartieàl’eau,partieàl’huiled’olive,partieàl’huiledenoix,partieàlagraissedebœuf,partieàlagraissed’oie.Prenezd’autrepartdesanimauxvivants,mammifèresmâlesetvolatilesdusexefaible.Égorgezles,écorchezles,découpezles,sectionnezles,débitezles,embrochezles,etrôtissezles.Dansungrandchaudronpréparezunesauceavechuile,ail,vinaigre,moutardesdiverses,jaunesd’œufs,finechampagne,poivre,sel,piments,safran,cumin,girofle,thym,laurier,carietpaprika.Touillezetratatouillezetlorsquel’heureseravenue,servezdanslegrandplatancestralquevousaurezeusoindenepaslaverdepuisladernièrefête.

Epigraphe de © Au Soleil des Oudaïas

Posted in Uncategorized on 30/09/2009 by Didier Guenardeau

Une nostalgie trouée comme un rêve devient un voyage vers le désir. Mais à l’effacer couche après couche, elle apparaît pour ce qu’elle est : une fin.

Mohammed Chouaa

Posted in Uncategorized on 20/09/2009 by Didier Guenardeau

Je serais heureux d’avoir de tes nouvelles. Qu’es-tu devenu depuis nos rencontres  à l’Université de la Sorbonne Nouvelle ? Es-tu encore à Marrakech ?

Sauf erreur, tu avais soutenu ta thèse sur L’Espagne et le Maroc dans le Voyage pittoresque du Baron Taylor.

Il te suffit de me laisser un message (au-dessus de cet article), il me sera adressé.

Très à toi,

Didier Guenardeau

Ma lectrice ici, à Paris

Posted in Billet d'humeur on 05/09/2009 by Didier Guenardeau

plage et drap

Troisième voyage de ma lectrice à Paris, chez moi. Ce n’est pas rien. Elle sera là dimanche 6 septembre soir, toute une nuit de lectures et de paroles. C’est beau une lectrice qui vient te lire, chez toi, te parler et t’entendre. Je vais l’emmerder, bien sûr, et elle va pas me rater, bien sûr. De la pure jouissance de langue en perspective.

L’écrivain, en honneur à sa lectrice, Hélène Monnier.

Didier Guenardeau

04 09 09

Pour Samah Zitouni

Posted in Uncategorized avec des tags , , on 20/08/2009 by Didier Guenardeau
Photo : Hélène Monnier

Photo : Hélène Monnier

20 août 2009 – Samah Zitouni, Rabat.

Si vous allez à Rabat… Prenez par l’entrée près du musée, en haut des remparts, face à la rue des Consuls. Passé le premier tournant, sur votre droite, vous trouverez une petite boutique. Elle est belle. C’est Samah Zitouni qui la tient. Ce qu’elle vend, ce sont des trésors de la médina.

Elle est mon amie. C’est Samah que salue Pablo lorsqu’elle passe sous sa petite terrasse, dans Au Soleil des Oudaïas.

Pour Samah Zitouni et son fils, Omar, à Rabat.

Didier Guenardeau

© Au Soleil des Oudaïas, roman, 105 p., 2008.


Hélène Monnier

Posted in Uncategorized avec des tags on 19/08/2009 by Didier Guenardeau

20 août 2009

Hélène Monnier est ma lectrice et mon amie. Nos échanges sont extrêmes. Bien des échanges dans nos écritures ont essayé les mots, et ces échanges, grâce à elle, ont ouvert parfois une infinie perfection du dialogue.

Hélène Monnier à Rabat

Lieu d’écriture

Posted in Uncategorized avec des tags , , on 19/08/2009 by Didier Guenardeau

Rabat, les Oudaïas
© HM

C’est d’ici que j’ai écrit Au Soleil des Oudaïas. Je n’écris que de ce lieu.

Interview : Ecrire

Posted in Critique on 16/08/2009 by Didier Guenardeau

Plaza Reial -Barcelona

ÉCRIRE

mai 2009

Interview


AF – Comment avez-vous commencez à écrire? Qui vous lisait au début?
Didier Guenardeau – J’ai commencé par des nouvelles et des bribes de textes. Les premiers lecteurs sont souvent l’entourage et les rencontres neuves du moment.

Quel est votre genre favori ?
DG - Je pense préférer nouvelles et romans, journaux, poésie parfois.
Mais ce que j’écris ressort d’une mixité.

Quel est votre processus créatif ?…
DG - Notes, méandres, détours divers… Attentes, ajouts, récritures permanentes. Mais notes surtout, sur papier, et aujourd’hui – un aujourd’hui très installé déjà – c’est sur mon clavier de portable que j’écris, entièrement concentré à l’intérieur des mots.

Certaines “lectures” vous donnent-elles envie d´écrire ?
DG - La lecture du monde, d’une idée, de quelque chose à dire… Parfois la lecture d’un roman : lire quelqu’un d’autre, être avec peut réveiller un désir latent de construire un personnage ou une situation avec lesquels le lecteur sera – et moi aussi !

Quels sont les ingrédients de base d´une histoire… ?
DG - Un fil conducteur sans cesse remis en question – et peu utile. L’essentiel étant de lui courrir après. Peu importe si je l’attrape, c’est la volonté et l’envie du chemin qui compte.

À quelle personne êtes-vous le plus à l’aise : à la première ou à la troisième personne ?
DG – Une préférence d’énonciation est une question sans intérêt … très “american writer” … très mode simplifiée. Tout est possible, et cette possibilité suffit depuis déjà quelques décennies, non ?!

Quels écrivains admirez-vous ?
DG – Antonio Tabucchi, Erri de Luca, certainement. Mais aussi Michel Houellebecq ou Federico Garcia Lorca … John Fante. Michel Tournier, au début. Les lectures et les périodes de recherche, l’envie d’une écriture dépendent de ce dont j’ai besoin. Borges… Je ne peux pas rendre compte de ma bibliothèque, ça change tout le temps : son ordre et sa visibilité changent, n’est-ce pas ?

Qu’est-ce qui rend crédible un personnage ?
DG – Alors là, la crédibilité d’un personnage ne m’intéresse pas. Ce que l’on a à dire ou à regarder se construire, oui. On en a fini avec le réel depuis un certain temps, non ?, disons depuis Flaubert… Et du personnage, par exemple depuis Queneau… Alors un personnage, il est bien possible que pour moi ce ne soit que du langage, ce qui n’est pas non plus nouveau depuis Joyce… Je ne m’intéresse qu’au langage, je crois…

Pour qui écrivez-vous ?
DG – Pour les autres, pour être dans un dialogue permanent. Pour convier à être ensemble dans un discours intérieur qui vit dehors…

Les conflits internes sont-ils une force créatrice ?
DG – Oui, certainement. C’est une des richesses créatrices. Ce n’est pas la seule.

Le retour des lecteurs vous sert-il ?
DG – Oui et non. Vais-je écrire ce qui est attendu ? Non !

Avez-vous reçu des prix ?
DG -Oui, et j’ai gagné de sérieuses vacances ! J’ai obtenu deux fois le Prix du concours de la nouvelle de la Sorbonne Nouvelle, par exemple. Ensuite, ils en ont décidé de changer le règlement, pour pas que ça se reproduise : la seconde fois, il n’avait pas reconnu mon écriture ! Cette histoire m’a assez plu : je n’étais pas innocent du tout, à toute petite dimension j’ai eu mes deux prix Goncourt !, comme certain…

Partagez-vous vos projets d’écriture avec une personne de confiance afin d’avoir son opinion ?
DG – Assurément. J’ai une lectrice attitrée, Hélène Monnier : une tête, une culture… et elle m’embête fréquemment. Pour autant je ne la suis pas souvent… Mais elle est là, et ça, ça compte.

Vous imposez-vous une discipline, en termes de calendrier, d´objectifs… ?
DG – Je n’ai aucune discipline sauf la tenaille permanente du discours.

De quoi vous entourez-vous dans votre studio de travail pour favoriser votre concentration ?
DG – Livres, feuilles, manuscrits, objets, sculptures, peintures et bordel. Mais je n’écris pas toujours dans ma bibliothèque. Le métro, debout quelque part, la plage… me vont aussi bien.

Écrivez-vous sur écran, imprimez-vous souvent, corrigez-vous sur papier… ? Quel processus suivez-vous ?
DG – Hélas ou tant mieux, j’écris sur écran. Avant je n’écrivais que sur papier. Je ne sais pas où est l’erreur. Je corrige sans cesse. Je n’ai aucun autre processus. Tout ce qui serait établi rendrait compte d’une velléité insupportable.

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment ?
DG – Roman et écriture intérieure ouverte vers l’autre, poétique, simple et difficile à la fois. Des voix, de l’humain.

Didier Guenardeau, mai 2009

© Edith – Extrait

Posted in Nouvelle, Uncategorized avec des tags on 17/06/2009 by Didier Guenardeau

© EDITH

J’ai pris l’autoroute comme tous les jours et je me suis dit : bon, ce matin, je m’envole. Ce qui compte, c’est de rouler ; tranquillement, le plus tranquillement possible. Tenir la moyenne, et quoi qu’il arrive, avancer. Dans ma limousine confortable et silencieuse j’écoute Bach, la première Suite pour violoncelle. Je commence toujours par le prélude, simplement parce que j’aime l’ordre musical : je ne suis pas de ceux qui appuient intempestivement sur le mode aléatoire. Alors quand on écoute de la musique chaque matin, c’est pour s’assurer de créer un rythme, secouer l’âme ou communiquer malgré tout avec Dieu.

Sur mon autoroute, les kilomètres défilent. Je ne pense à rien, je suis tout au plaisir de la conduite. C’est cela qui me fait du bien. Je regarde venir les ponts, posés sur des collines lointaines, ils s’avancent en lignes légères au-dessus des yeux … des arbres apparaissent sous leur ventre, quelques nuages blancs – des lignes plus hautes que l’horizon, et je devine maintenant leurs grilles rondes aux couleurs délavées, plus claires que le ciel et se fondant dans la lumière bleue du matin.

L’autoroute, c’est la vie. Sur les grandes autoroutes, les vraies, celles sur lesquelles on peut s’arrêter et flâner, celles où on trouve des boutiques avec des néons, des postes d’essence et des parkings, des gâteaux et des souvenirs et plein de lumières dans la nuit, sur ces autoroutes qu’enjambent les grands restaurants, les gens viennent et s’installent sur les ponts. Des gens pour nous distraire. A leur hauteur, l’horizon file entre leurs jambes. Et c’est comme aller à la fête, déambuler dans une rue pleine de monde ou assister à un défilé : parce qu’ils sont là, les gens. Il suffit d’un pont pour ne plus être seul.

Alors moi, dans ce cortège d’êtres humains qui viennent nous rendre visite, je choisis : ce monsieur, par exemple, sur la gauche, appuyé à la rambarde. Il paraît aimable. Il ferait un bon compagnon que j’aimerais inviter dans ma limousine. Parce que j’en ai attendu des gens, sans jamais bouger, toujours immobile… Parce que j’en ai encore, de l’imagination, dans ces choses-là des rêves : des vues de l’esprit… Alors hop, je vous emmène en voyage, monsieur. Mais si. Cela me fait plaisir. Avec cette lumière bleue du matin, vous ne pouvez refuser un bout de route ensemble, il vous suffit d’enjamber la rambarde, un rêve léger, moi aussi je fais un rêve des yeux – et allez.

C’est beau les autoroutes, les vraies, celles qu’on parcourt pour échapper au temps, sur lesquelles on se fabrique des amis de ponts en roulant, un appel de phares, un signe de main… Et vous ? Vous voyez bien du haut des ponts ? Une jolie femme en robe ? parfois on est bien servi, très courte, un décolleté… ça vous fait une petite excitation à reprendre le soir.

Ah, la nostalgie des voyages, de ceux qu’on attendait, rares, au temps de l’automobile, des belles, au temps où l’on voyageait encore. [...]

© Didier Guenardeau, 1989

Céline – Voyage au bout de la nuit

Posted in Billet d'humeur, Critique on 02/06/2009 by Didier Guenardeau

Voyage au bout de la nuit, LF Céline

A propos du chapitre sur l’Afrique

Céline ouvre dans ce chapitre une critique de la vision coloniale française dominante et construit un parcours initiatique (celui de Ferdinand Bardamu). Les descriptions, incidemment colorées, pourraient être mises en écho avec certains tableaux du Douanier Rousseau, ou évoquer (ultérieurement) la luxuriance longue, indéfinissable du roman de Luis Sépulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour. Dans ce cadre, la vision d’un paradis perdu et rendu exotique, les relations avec les indigènes, la critique d’une guerre exportée (la hiérarchie militaire coloniale) renvoient à une sexualité symbolique essentielle, primitive. Ce séjour en Afrique est un moment moite d’attente, suivant les champs de guerre et le front franco-allemand de la guerre de 14-18 (premier chapitre) et s’avère peut-être le plus symptomatique. En effet, les descriptions de la nuit tropicale s’auréolent de la matière humaine qu’elles viennent dire, et les couchers de soleil peuvent être lus comme ceux de l’humanité. L’inquiétude des nuits tropicales, de ses dangers et de ses cris sauvages s’oppose à la noirceur des nuits répétées sans espoir de la banlieue parisienne – et ces nuits chaudes et huileuses des forêts dans leur unique inespérance trouble, désirable comme une répugnance de mort, signe une vision « d’après l’amour » dans un bouge glauque. Tout ce qui se couche dans ce roman semble dire un abandon et se prépare à sa propre fin, éternellement reportée, dans l’endurance, malgré tout. On assiste ainsi à une dénonciation toujours trouble des âmes elles-mêmes troubles : en Europe, aux colonies… L’exotisme de ce passage sur l’Afrique peut se lire comme un exotisme à soi-même, et interroge avec violence l’initiation de l’homme jeune, Bardamu : une inespérance des vingt ans. L’ennui et les peurs vaincues retiennent alors la mise en abyme ultime des assassinats dont Bardamu a été témoin sur le front, et dont la sexualité putassière, vue et jamais voyeuse, toujours espérée, donne l’avant-goût d’une apologie de la mort pure.

Mais voilà que ça recommence ailleurs, sans cesse, voilà qu’on se met à mépriser les Antilles et la Martinique – ça ne cessera donc jamais.

15 02 2009

Didier Guenardeau

Salut – Stéphane Mallarmé

Posted in Uncategorized on 06/03/2009 by Didier Guenardeau
Notes de travail - Didier Guenardeau

Notes de travail - Didier Guenardeau