Barcelone
Il fait soleil à Barcelone et c’est le matin. Cette nuit, je me suis encore essayé aux braceos, j’en ai sué. Dans le flamenco, ce sont les femmes qui font les braceos, les danses de bras. Elles les font mieux que nous. Quand elles s’enroulent autour de nos corps, c’est elles qui savent.
Aussi, à Barcelone je sue d’amour. Cette nuit, Estrella a dansé dans la rue. Moi, je me suis caché dans le salon. Devant la glace je me tenais droit, fier. Ce sont mes débuts. Je ne suis jamais fatigué quand il fait soleil.
Lorsqu’elle est rentrée, j’étais prêt. Prêt pour elle. Elle est belle, Estrella. Je lui ai demandé como fueron los braceos, Estrella – c’était comment les foulards de bras. Bien, très bien. Puis elle a coupé : Qué bellíssimo eres, Paul – que tu es beau, et elle m’a enroulé.
Bellíssimo, c’est un compliment qu’elle m’offre, je ne le mérite pas. Ay, Estrella. C’est toi qui est belle, quand tu es en sueur tu vas bien avec le soleil.
Estrella, elle est andalouse. Elle vient du sud, du sud de son pays et de l’Europe. Moi, je viens de Paris, c’est l’Europe mais le Nord. Les gens ne se regardent pas, leur fierté les replie.
Alors Barcelone, c’est notre lieu de passage, notre point de rencontre. Un mi-chemin de nos terres où viennent l’eau et la sueur, la danse et l’écriture.
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Pour converser – pour aller l’un vers l’autre – Estrella apporte quelques mots entre nous. Elle dit : le flamenco s’exprime dans la solitude, la liberté a des âmes arrachées, c’est pour cela que la voix pleure.
Alors je lui réponds, j’apporte ma part. Je dis que Paris est une belle ville, mais c’est un musée, les riches y vivent et nous, nous vivons d’ennui dans les banlieues. Seul le week-end peut rendre visite au jardin.
A nous, rend Estrella, notre temps de liberté va à la guitare et aux sueurs des soirs. Je lui réponds que c’est une jolie phrase, et j’ajoute : chez nous, la tondeuse coupe la parole – Et je ne peux lui offrir plus.
Ainsi dans notre chemin d’entre-deux, nous sommes réunis. Estrella danse, j’apprends à remplir mon carnet, notre partage grandit ainsi et dans nos nuits.
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© 2008 Didier Guenardeau










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